Exécution des Templiers condamnés au bûcher, illustration du manuscrit Chronik von der Schöpfung der Welt (vers 1384).
La condamnation au bûcher est une méthode d'exécution, consistant à brûler par le feu un individu condamné à mort dont le corps est disposé sur un échafaud constitué d'un amas de bois combustible.
Selon les législations et systèmes pénaux, le corps du condamné pouvait passer par différentes étapes préliminaires avant d'être réduit en cendres.
Histoire
Exécution du chevalier de Hohenbourg et de son valet pour sodomie sous les remparts de Zurich en 1482 (enluminure d'époque).Hermann Anton Stilke (milieu du XIXe s.) : une représentation erronée du supplice de Jeanne d'Arc, car la personne condamnée ne montait pas au bûcher mais était enfermée à l'intérieur, seuls son buste et sa tête émergeant (cf. illustration ci-dessus)[1].
Comme méthode d'exécution, le bûcher (ou bucher[2]) a beaucoup été utilisé tout au long de l'Histoire. Dans l'Antiquité, circule le mythe d'Amphitryon : apprenant l'infidélité de sa femme Alcmène, il la condamne au bûcher mais Zeus éteint les flammes par une averse soudaine.
Pour bâtir un bûcher, on fichait d'abord un poteau en terre, puis on disposait « autour de lui de la paille, des fagots et des bûches, en alternance, jusqu'à arriver à hauteur d'homme et en laissant un espace en façade pour pouvoir accéder au poteau »[7]. L'estrade en hauteur[8] afin que le peuple ne perdît rien du spectacle, favorisait la prise d'air par en dessous et la combustion du bois, le supplicié se trouvant davantage rôti que brûlé[7],[9]. Le supplice pouvait être allongé en employant du bois vert qui brûlait plus lentement mais provoquait une mort par asphyxie, ou accéléré en ajoutant de la poix, en frottant les pieds du supplicié avec du lard afin qu'ils brûlassent plus vite[10]. Quelquefois, on couvrait la victime de soufre ce qui l’asphyxiait ou on lui mettait sur la poitrine un sac de poudre à canon ou dans la bouche un éteuf plein de poudre qui explosait[9]. A contrario, un retentum pouvait parfois abréger les souffrances en étranglant ou en assommant préalablement le condamné, voire en lui enfonçant dans le cœur un croc de fer par le bourreau placé derrière pour ne pas être vu par les spectateurs[11].
En Inde, les épouses des castes supérieures avaient obligation de se jeter dans le bûcher funéraire de leur mari (coutume du Satī), et supposées ne pas souffrir si elles étaient de bonnes épouses. Il fut également utilisé pendant les guerres de Religion à l'encontre des réformés. Dans certaines régions reculées, des accusations pour « crime de sorcellerie » sont toujours proférées. Des exécutions au bûcher ont notamment eu lieu en 2000 en Inde, en 2008 au Kenya[12], en 2014 au Nigéria[13] et en 2016 en Papouasie-Nouvelle-Guinée[14].
Différents motifs de condamnation
Bestialité
La zoophilie se manifestant par un acte sexuel entre humain et animal était puni par la peine capitale en France avant 1789 ; le corps du condamné et celui de l'animal devaient être brûlés[15].
Au temps de l'Empire romain, selon certains auteurs, des chrétiens furent exécutés par le feu selon une méthode particulière : le corps était entièrement enduit de poix et de résine à laquelle on mettait le feu. Selon leur hagiographie, certaines saintes ont réchappé au supplice du feu :
Sainte Agnès fut condamnée à être brûlée sur la place publique comme sorcière. Mais le feu épargna la jeune fille et détruisit ses bourreaux. Finalement, Agnès fut égorgée. Sainte Olive subit le même sort : elle fut condamnée à mourir sur le bûcher. Toutefois, les flammes refusant de la toucher, ses bourreaux se résolurent finalement à la décapiter. Sainte Eugénie aurait subi le même martyre en 257 : l'épreuve du bûcher ayant échoué, on lui trancha la tête.
En 1762, Jean Calas, calviniste, accusé à tort d'avoir assassiné son fils, roué vif place Saint-Georges à Toulouse, étranglé puis brûlé.
Juifs
Juifs portant la rouelle condamnés au bûcher, enluminure tirée de la Chronique illustrée de Lucerne de Diebold Schilling (1515).
À l'origine, la pointe aval de l'île de la Cité à Paris se terminait par trois îles : l'île aux Juifs, l'île aux Treilles et l'îlot de la Gourdaine. Elles furent réunies à l'île de la Cité par Henri IV pendant la construction du pont Neuf. L'île aux Juifs tenait son nom des nombreuses exécutions de Juifs organisées à cet endroit durant le Moyen Âge. C'est à ce même endroit que fut brûlé Jacques de Molay en 1314. Ailleurs, les exécutions ont concerné : Salomon Molkho, marrane qui se reconvertit au judaïsme, se proclama Messie, et périt par le feu pour apostasie. Les Juifs subissent de nombreuses persécutions et spécialement, pendant la peste noire, malgré la protection du pape Clément VI. Accusés d'empoisonner les puits, environ 2 000 d'entre eux seront brûlés vifs à Strasbourg le .
Homosexualité
Selon le Lévitique (20, 13), deux hommes coupables de sodomie doivent être punis de mort. Le , l'empereur romain Théodose Ier proclame un édit condamnant au bûcher les sodomites. En 1120, le concile de Naplouse institue la peine de mort sur le bûcher pour les sodomites du royaume de Jérusalem.
L'accusation d'homosexualité pouvait être utilisée, même lorsque la personne n'était pas homosexuelle, en l'absence d'autres raisons, pour condamner des hérétiques.[réf. nécessaire]
En 1440, Gilles de Rais est accusé de nombreux crimes, et parmi eux de sodomie (il s'agissait principalement de pédophilie), et meurt sur un bûcher. En 1554, le poète et humaniste Marc-Antoine Muret, inculpé mais en fuite en Italie, est condamné au bûcher pour sodomie par le Parlement et brûlé en effigie et donc par contumace.
Saint Laurent, martyr chrétien à Rome en 258. Selon la légende, on le fouette jusqu'au sang puis l'étend sur un gril que des charbons à demi allumés portent lentement à incandescence ;
Irène de Thessalonique, martyre chrétienne à Thessalonique en 304. Après ses sœurs Agapi et Chiona, ses compagnes Eutychie, Philippa et Casie et son compagnon Agathon, elle est jetée vivante dans un brasier.
Jérôme de Prague, théologien tchèque et disciple du précédent, brûlé vif à Constance le pour hérésie. Il demande à voir la torche qui allume son bûcher et entonne un cantique à voix forte.
Jean Vallière, religieux français converti au luthéranisme. Il est brûlé vif à Paris le , après avoir eu la langue coupée. Il est considéré comme le premier martyr protestant français.
Roland Greslet, condamné au bûcher à Chartres en 1523, après avoir brisé une statue de la Vierge Marie dans la cathédrale le . Ses motivations sont obscures.
Martial Alba, Pierre Escrivain, Bernard Seguin, Charles Favre et Pierre Navihères, étudiants en théologie qui revenaient de Lausanne où ils avaient étudié pour être pasteurs de la religion protestante, brûlés vifs à Lyon le ;
Anneken Hendricks, brûlée vive à Amsterdam le pour hérésie. On emplit sa bouche de poudre à canon, l'attache sur une échelle et la précipite dans un brasier ;
↑L. Dasberg, Untersuchungen über die Entwertung des Judenstatus im 11. Jahrhundert, EPHE VIe section "Études juives", Paris, novembre 1965. H. Liebeschûtz(de), Synagoga und Ecclesia - Religionsgeschichtliche Studien über die Auseinandersetzung der Kirche mit dem Judentum im Hochmittelalter, 1938, réed. Lambert Schneider, Heidelberg, 1983 (ISBN9783795302276).
↑R. Chazan, « 1007-1012 Initial Crisis for Northern-European Jewry », Proceedings of the American Academy for Jewish Research, no 38-39, p. 101-118, Ann Arbor (Michigan), 1971.
↑L'estrade pour Jeanne d'Arc fut trop haute, si bien que le bourreau ne put pratiquer le retentum. Cf Colette Beaune, Jeanne d'Arc. Vérités et légendes, Éditions Perrin, , p. 87.
↑ a et bFrédéric Armand, Les bourreaux en France. Du Moyen Age à l'abolition de la peine de mort, Éditions Perrin, , p. 169.
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