Olgierd (en lituanien Algirdas ; en russe Ольгерд), né en 1296, fut grand-duc de Lituanie, de 1345 à 1377. Avec l'aide de son frère Kęstutis, il étendit la Lituanie des États baltes actuels à la mer Noire et jusqu'aux portes de Moscou.
Biographie
Olgierd est l'un des sept fils du grand-prince Ghédimin ou Gediminas (*vers 1275-1341). Gediminas avait partagé son royaume entre son fils cadet Jaunutis, mis en possession de la capitale, Vilnius, Olgierd recevant la partie orientale, tandis que la partie occidentale revenait à Kęstutis. Mais ce partage féodal affaiblit d'abord le royaume face aux chevaliers de l'Ordre Teutonique au nord-ouest, la Horde d'Or au sud-ouest, la Pologne à l'ouest et la Moscovie à l'est.
En 1345, grâce au dévouement de Kęstutis, Olgierd, caractérisé par une grande sagacité politique, détrône d'abord Jaunutis, son plus jeune frère, jugé incompétent face à la politique agressive de l'Ordre Teutonique et partage d'abord le pouvoir avec Kestutis sous le titre de duc de Vitebsk pendant plus de 20 ans. Soucieux de continuer l'œuvre de son père, il consacre les années suivantes à l'expansion du territoire et portera ensuite le titre de grand-duc de Lituanie.
Olgierd reprend le duché de Samogitie à l'ordre Teutonique, jugé responsable de la mort de son père, et la Podolie aux Tartares du Dniepr. Battu et fait prisonnier par les Chevaliers teutoniques, il parvient à leur échapper, et reprend la lutte pour empêcher ledit ordre de se consolider. Il perd cependant la Volhynie, la Podolie, les palatinats de Brzesc et de Belz, que lui ravissent les Polonais.
En 1362, il défit trois hordes de Mongols en Podolie et sur le Dniepr (bataille des Eaux Bleues), puis pilla et détruisit Cherson. Il dirigea contre la Russie trois expéditions dont deux en 1367 pour soutenir Michel II de Tver contre Dmitri. Il envahit ensuite la Prusse, en 1370, mais perdit la bataille de Rudau (en), ce qui entraîna l'occupation de Vilnius par les Allemands (pris au sens des membres teutons de l'ordre).
Olgierd a tenu bon face aux appétits des royaumes voisins, gagnant en influence et territoire aux dépens de Moscou et de la Horde d'Or et étendant les frontières du grand-duché de Lituanie jusqu'à la mer Noire. Son action principale fut la sécurisation des terres de l'ancienne Rus' de Kiev. Olgierd occupa les principautés de Smolensk et de Briansk en Russie occidentale[1]. Bien qu'il ait organisé l'élection de son fils André comme Prince de Pskov et qu'une puissante minorité de citoyens de la République de Novgorod l'ait soutenu contre la Moscovie, son gain commercial restait moindre et ses assises précaires. Ses relations avec les grands ducs de Moscovie étaient généralement amicales (comme en témoignent ses mariages avec deux princesses russes orthodoxes), mais cela ne l'empêcha pas de tenter de prendre Moscou par deux fois, en 1368 et 1370 pendant la guerre lituano-moscovite (en) (1368-1372).
Un exploit important fut sa victoire sur les Tatars en Ukraine, lors de la bataille des Eaux Bleues au sud du Bug en 1362, qui provoqua la chute des Kipchaks et obligea le khan à se retirer en Crimée.
Olgierd mourut en 1377, laissant douze fils dont les plus célèbres sont Švitrigaila et Jogaila qui se convertit au catholicisme, monta sur le trône polonais et fonda la dynastie qui gouverna la Lituanie et la Pologne pendant près de 200 ans.
Personnalité et religion
Encore aujourd'hui, Olgierd est largement honoré en Biélorussie en tant que commandant militaire couronné de succès et en tant qu'unificateur des territoires biélorusses au sein d'un même État médiéval du Bélarus. Un monument à sa mémoire a été érigé à Vitebsk en 2014, dans le cadre de la célébration du 1040e anniversaire de la ville.
Olgierd a été duc de Vitebsk pendant plus de 20 ans avant de devenir grand-duc de Lituanie. Il parlait tant le lituanien que d'autres langues comme le ruthénien. Cela lui permettait probablement de comprendre à quelles valeurs tenait la majorité de ses sujets, notamment le paganisme orthodoxe, et semble lui avoir permis de ne pas les décevoir en encourageant le catholicisme romain.
De toute évidence, Olgierd et le grand-duché de Lituanie restèrent attachés à leur religion paganiste, comme il est mentionné dans les récits de Nicephorus Gregoras, historien byzantin du xive siècle[2]. Selon les historiens modernes, « pour Gediminas et Olgierd, le paganisme représentait un outil et une arme diplomatique utile... qui leur a permis d'utiliser les promesses de conversion comme moyen de préserver leur pouvoir et leur indépendance »[3] ; le patriarche Neilos décrit Olgierd comme « prince adorateur du feu »[4] et un autre patriarche, Philotheos, excommunia « tous les nobles ruthéniens qui avaient aidé Olgierd et les impies »[5].
La cérémonie funèbre d'Olgierd consista en un cérémoniel de crémation avec 18 chevaux et beaucoup de ses biens dans une forêt près de Maišiagala (en), probablement dans le sanctuaire forestier de Kukaveitis[6]. La recherche du site funéraire fait l'objet de campagnes archéologiques depuis 2009.
Arbre généalogique : descendance d'Olgierd parmi les rois de Pologne
Dans la culture
Jeu vidéo
Honneur
L'astéroïde (202092) Algirdas est nommé en son honneur.
Notes et références
- ↑ Michel Heller : Histoire de la Russie et de son Empire, chap.III, 2015, Éd. Tempus Perrin, (ISBN 978-2262051631)
- ↑ I. Bekker. Nicephori Gregorae Historiae Byzantinae. Bonn, 1829, Vol. 3 pp. 517–520
- ↑ Muldoon, James. Varieties of Religious Conversion in the Middle Ages. University Press of Florida, 1997. Page 140.
- ↑ F. Miklosich, J. Mūller. Acta Patriarchatus Constantinopolitan. Vienna, 1862, Vol. 2, p.12
- ↑ F. Miklosich, J. Mūller. Acta Patriarchatus Constantinopolitan. Vienna, 1862, Vol. 1, pp. 523–524
- ↑ situé à 54°55′42″N 25°01′04″E
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