Marche Saint Roch de Châtelet
| Marche Saint-Roch | |
| Type | Marches de l'Entre-Sambre-et-Meuse |
|---|---|
| Création | 1961 |
| Pays | |
| Localisation | Châtelet |
| Organisateur | Royale Marche Folklorique Saint‑Roch de Châtelet |
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La Marche Saint-Roch est une marche folklorique de l'Entre-Sambre-et-Meuse se déroulant au mois de mai à Châtelet, dans le Hainaut en Belgique.
La ville de Châtelet occupe une place ancienne et marquante dans l’Entre-Sambre-et-Meuse. Longtemps, une tradition érudite y situa la bataille de la Sabis attribuée à Jules César, hypothèse aujourd’hui largement remise en question, mais révélatrice de l’ancienneté reconnue du site. Dès le haut Moyen Âge, Châtelet forme un ensemble villageois uni à Pont‑de‑Loup, avant de devenir une localité fortifiée dotée d’un perron, à l’image de nombreuses villes relevant de la principauté de Liège. Sa position sur les terres épiscopales l’exposa aux passages de troupes, source de périodes difficiles, mais ces épreuves furent compensées par une prospérité durable, notamment grâce au développement d’une importante poterie d’art qui assura longtemps la renommée de la cité[1]. Châtelet vit défiler les armées de Louis XIV puis celles de Napoléon, accueillies avec enthousiasme par la population. La littérature populaire du XIXe siècle, notamment chez Erckmann‑Chatrian, témoigne de cette ferveur à travers le récit d’un conscrit traversant la ville et décrivant l’accueil chaleureux des habitants[2].
La cité a conservé une forte identité culturelle, nourrie par des traditions anciennes. Bien que l’église principale soit dédiée à saints Pierre et Paul, la mémoire de saint Éloi, dont un compagnon aurait évangélisé la région, y demeura longtemps vivace. La procession qui lui était consacrée ne quitte plus aujourd’hui la grand-place, mais elle fut jadis l’un des moments forts de la vie locale, accompagnée par des marcheurs et des soldats en tenue d’inspiration impériale[3]. Au début du XVIIe siècle, la ville de Châtelet fut de nouveau frappée par une violente épidémie de peste, particulièrement meurtrière en 1625. Face à l’ampleur des pertes, les habitants se tournèrent vers Saint Roch, figure traditionnellement invoquée contre les maladies contagieuses, et décidèrent de lui dédier une chapelle. Une collecte permit d’ériger l’édifice à l’extrémité du faubourg du Trieu, à proximité du lieu où avaient été inhumées de nombreuses victimes. Fait remarqué par les contemporains, l’épidémie cessa brusquement peu avant l’achèvement de la chapelle en 1626[4]. La trêve fut toutefois de courte durée, et les habitants continuèrent à solliciter l’intercession du saint. Le culte local de Saint Roch prit rapidement de l’ampleur, accompagné de pratiques religieuses régulières et de manifestations populaires[4].
Une nouvelle vague de dévotion apparut en 1866, lorsque Châtelet fut touchée par une épidémie de choléra. Des pèlerins affluèrent alors de diverses régions vers la chapelle du faubourg, renforçant encore la place du saint dans la vie religieuse locale. Cette ferveur conduisit, en 1867, à la création d’une Compagnie Saint Roch, qui participa dès sa fondation à la marche patronale de Châtelet et fut régulièrement présente dans la marche Saint Éloi, où son drapeau était particulièrement admiré[4]. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, la compagnie, en uniforme, accompagna la procession de la Fête-Dieu dans la paroisse de la Ville. La disparition progressive de ses membres, ainsi que celle de son président Joseph Monnoyer, entraîna la dissolution de la société en 1950[4].
En 1961, un groupe de cinq habitants Jacques Jenquart, Roger Wathelet, Michel Polen, Jean‑Pierre Hoogstoel et Richard Porigneau entreprit de reconstituer la Compagnie Saint Roch. Leur initiative fut rapidement renforcée par l’arrivée de deux marcheurs expérimentés, Émile Dermierbe et Lucien Sainthuile, permettant à la tradition de reprendre vie et de s’inscrire durablement dans le patrimoine local[4]. La marche Saint‑Éloi, perpétuée par une société musicale fondée en 1852, joua un rôle essentiel dans la vie associative et philanthropique de Châtelet. Sous la présidence de Speileux‑Nalinnes, cette société contribua notamment à l’hôpital civil de Charleroi et à la création d’une maison de retraite. Son prestige artistique lui valut de nombreuses distinctions, au point que son jubilé fut parfois confondu avec celui de la marche elle‑même. Les grandes célébrations de 1927 puis de 1952 attirèrent des marcheurs venus de toute l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse et permirent de reconstituer des formations militaires traditionnelles, dont le célèbre bataillon carré[5].
À partir de 1959, les musiciens reprirent une tenue napoléonienne, prélude à une véritable renaissance. En 1961, une nouvelle marche annuelle fut instaurée, cette fois dédiée à saint Roch, dont la statue est conservée dans une ancienne chapelle du Faubourg. Cette marche, organisée le dimanche précédant la Pentecôte, a vu son nombre de participants croître régulièrement. Elle réunit aujourd’hui plusieurs pelotons sapeurs, zouaves et voltigeurs qui défilent au son d’une musique d’époque avant de rendre visite aux autorités locales le lundi, dans une atmosphère à la fois solennelle et populaire[6]. La Marche Saint‑Roch de Châtelet prit forme au début des années 1960, lorsque le comité fondateur adopta ses statuts et fixa la première sortie officielle au , date correspondant au dimanche situé entre l’Ascension et la Pentecôte. Ce choix ne résultait pas d’une décision interne, mais d’une contrainte imposée par le loueur de costumes. Ce jour‑là, environ soixante‑quinze participants, rassemblés non sans difficulté, défilèrent dans les rues de Châtelet en uniformes inspirés du Second Empire. Les Sapeurs, Grenadiers, Voltigeurs, Tromblons et un groupe d’une vingtaine de jeunes, accompagnés par la fanfare d’Hanzinne, redonnèrent vie à la tradition locale, marquant la renaissance de la marche châtelettaine[4].
Au fil du temps, la Compagnie Saint‑Roch se transforma progressivement pour atteindre sa structure actuelle. Dès 1962, la création de l’ASBL Marche Saint‑Roch et sa reconnaissance par l’administration communale consolidèrent son existence officielle. Trois ans plus tard, chaque peloton se vit attribuer sa propre batterie, une particularité rare dans les marches de l’époque. En 1967, la compagnie célébra le centenaire de son drapeau en réunissant les emblèmes des différentes marches de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse[4]. La fin des années 1960 fut marquée par plusieurs évolutions uniformologiques : en 1969, les Tromblons adoptèrent la tenue des artilleurs à pied, tandis que les jeunes marcheurs se rapprochèrent du style du Premier Empire. En 1971, la compagnie prit l’ampleur d’un véritable bataillon grâce à la transformation de ses pelotons en compagnies, et l’année suivante, un règlement d’ordre intérieur vint compléter les statuts de l’association, devenue plus vaste et structurée[4]. Les décennies suivantes confirmèrent l’enracinement de la marche dans le patrimoine local. En 1980, l’artiste châtelettain Albert Chavepeyer réalisa l’affiche officielle de la Marche Saint‑Roch. L’année suivante, les Sapeurs intégrèrent un groupe de Tirailleurs grenadiers, et en 1985, l’AMFESM décerna à la marche le trophée récompensant la compagnie ayant le mieux honoré les traditions folkloriques de l’Entre‑Sambre‑et‑Meuse[4].
Le début du XXIe siècle poursuivit cette dynamique. En 2001, les Tirailleurs célébrèrent leur vingtième anniversaire. En 2004, un état‑major fut constitué, comprenant un colonel et quatre majors d’intendance. Une troisième batterie fut ajoutée en 2008 pour la sortie du lundi, et l’année suivante vit l’apparition, dans certains pelotons, d’une troisième femme par exemple une vivandière au sein des Sapeurs‑Tirailleurs‑Grenadiers. En 2010, la Marche Saint‑Roch fêta son cinquantième anniversaire, suivie en 2011 par la Jeune Compagnie, qui célébra à son tour un demi‑siècle d’existence[4]. Par son histoire, ses traditions et la vitalité de ses manifestations folkloriques, Châtelet demeure un centre vivant dont l’identité s’est construite sur un héritage ancien et une remarquable continuité culturelle[6].
L’organisation décrite correspond à la structure d’un bataillon inspiré des formations militaires du Premier Empire. L’ensemble est placé sous l’autorité d’un colonel, assisté de ses majors d’ordonnance, d’un officier porte-drapeau et d’un aumônier. Autour de cet état-major gravitent les unités spécialisées, notamment la saperie et la batterie, qui fournissent respectivement les compétences du génie et l’appui d’artillerie[7].
Le bataillon se compose de plusieurs compagnies, chacune dotée de son propre encadrement capitaines, sergents, cantinières, vivandières ou infirmières et organisée autour d’un peloton correspondant à sa spécialité. La compagnie des sapeurs-tirailleurs, par exemple, associe les fonctions de tirailleurs à celles du génie, avec une escorte dédiée au drapeau et un major monté chargé de la coordination. La compagnie des grenadiers reprend une structure similaire, centrée sur un peloton de grenadiers, traditionnellement considéré comme une troupe d’élite. La compagnie des chasseurs, quant à elle, réunit un peloton de chasseurs soutenu par les mêmes éléments de saperie, de batterie et d’escorte[7]. Une compagnie de vétérans regroupe les soldats les plus expérimentés, parfois désignés sous le nom de « manteaux », et conserve également une batterie et une escorte au drapeau, encadrées par des majors montés. À cette organisation s’ajoute une compagnie issue du 33e régiment d’élite, structurée autour d’un peloton de grenadiers et dotée d’un porte-étendard spécifique[7].
Le bataillon comprend aussi une compagnie de dragons, formée d’un peloton monté et encadrée par un major à cheval, ainsi qu’une compagnie de gendarmes, reconnaissable à sa tenue particulière et organisée autour d’une première ligne armée du sabre. Enfin, la compagnie des artilleurs assure l’appui feu grâce à un peloton équipé d’un canon, dirigé par un lieutenant chef de pièce et soutenu par les personnels habituels de la compagnie[7]. L’ensemble constitue une formation composite mêlant infanterie légère, troupes d’élite, cavalerie, gendarmerie et artillerie, reflétant la diversité des unités militaires de l’époque napoléonienne et leur complémentarité sur le terrain[7].
La procession traditionnelle liée à Saint Roch s’organise sur plusieurs jours et suit un déroulement minutieusement codifié, transmis de génération en génération. Les événements débutent le vendredi soir, lorsque l’une des compagnies assure une garde d’honneur à la chapelle dédiée au saint durant la messe, sous la direction d’un officier. Le lendemain, les participants se rassemblent en tenue légère dans leur local avant de se mettre en marche vers la place Saint‑Roch. La jeune compagnie y prend en charge la statue du saint, tandis que les artilleurs exécutent une salve d’honneur. Le cortège traverse ensuite différents points emblématiques de la ville, notamment la place Franco‑Belge et l’église du Faubourg où une bénédiction est donnée[7]. Au fil de la soirée, la procession poursuit son itinéraire à travers plusieurs rues centrales, jusqu’à l’hôtel de ville où les autorités accueillent officiellement les participants et procèdent à la remise de distinctions. Après une nouvelle mise en route, la marche se dirige vers les quartiers commerçants et regagne finalement la place Saint‑Roch pour une retraite aux flambeaux, avant la dispersion et l’instauration du couvre‑feu symbolique[7].
Le dimanche s’ouvre à l’aube par le réveil des officiers dans chaque compagnie. Un rassemblement a lieu sur la place Franco‑Belge, suivi d’une revue et d’un déplacement vers l’église où se tient une messe militaire. La procession reprend ensuite son parcours à travers divers axes de la ville, avec une particularité pour la jeune compagnie qui emprunte directement la rue Bajole. En fin de matinée, les compagnies exécutent leurs salves sur la place Saint‑Roch avant de regagner leurs locaux. L’après‑midi est consacré à une formation en bataillon carré dans une prairie de la rue Wautier de Fontaine, où se déroulent des évolutions et de nouvelles salves, suivies d’une visite des quartiers par les groupes désignés[7]. En fin de journée, un rappel général annonce la rentrée solennelle. La marche Saint‑Éloi, la jeune compagnie escortant la statue et la grande compagnie rejoignent alors la procession principale. Le cortège traverse les rues historiques avant de revenir à la place Saint‑Roch pour la cérémonie protocolaire de rentrée, marquée par la parade des tambours‑majors et des porte‑drapeaux, puis par l’escorte des autorités vers le local[7].
Le lundi est consacré à un long parcours dans les différents quartiers de la ville, après une concentration générale sur la place Franco‑Belge. En soirée, un rassemblement à l’hôtel de ville précède une nouvelle retraite aux flambeaux qui ramène les participants vers les lieux traditionnels de la procession, où la journée s’achève par la dislocation et le couvre‑feu[7]. Les cérémonies se concluent le mardi par la remise en place du canon chez l’armurier, une tâche assurée par la compagnie des artilleurs, qui clôt symboliquement l’ensemble des festivités[7].
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