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East End Cemetery (d) |
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Tyler Gatewood Kent, né le 24 mars 1911 à Newchwang et mort le 20 novembre 1988 Kerrville, est un diplomate américain qui, au cours de la Seconde Guerre mondiale, exerce les fonctions de commis au chiffrement au sein de l’ambassade des États-Unis à Londres et s’y rend responsable de la soustraction et de la consultation illicite de plusieurs milliers de documents classifiés.
Kent nait à Newchwang, en Mandchourie, dans un contexte diplomatique marqué par la fonction consulaire exercée par son père auprès des États-Unis. Il accomplit sa scolarité à l'école St. Albans de Washington, D.C., puis poursuit son cursus à l’université de Princeton, où il se spécialise en histoire, avant de passer par l’université George Washington, la Sorbonne — où il se consacre à l’étude de la langue russe — et enfin l’université de Madrid. Fort des réseaux relationnels de son père, il intègre par la suite le Département d’État américain et est affecté à Moscou sous l’autorité de William C. Bullitt, premier ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union soviétique. Dans ce cadre, il est ultérieurement promu au rang de cryptographe.
En 1939, il est suspecté d’activités d’espionnage au bénéfice de l’Union soviétique ; toutefois, en l’absence d’éléments probatoires suffisamment étayés, les autorités du service diplomatique décident de procéder à sa mutation et de l’affecter au sein de l’ambassade de Londres, où il prend ses fonctions le 5 octobre 1939. Le poste qui lui est confié consiste essentiellement en des opérations de chiffrement et de déchiffrement de télégrammes à caractère confidentiel, ce qui lui ouvre l’accès à un vaste corpus de documents classifiés.
Dès son arrivée à Londres, Kent est repéré en compagnie de Ludwig Matthias, agent allemand supposé, lui-même placé sous la surveillance des enquêteurs de la Special Branch de Scotland Yard. Il fréquente assidûment le Russian Tea Room de South Kensington, haut lieu de sociabilité prisé de l’émigration russe blanche, établissement placé sous la direction de l’amiral Nikolaï Wolkoff, ancien attaché naval de la Russie impériale à Londres, et de son épouse, ancienne dame d’honneur de la tsarine. Par l’entremise de l’une de leurs filles, Anna Wolkoff, Kent fait la connaissance d’Irène Danishewsky, épouse d’un marchand britannique effectuant de fréquents déplacements en Union soviétique. Celle-ci devient sa maîtresse[1]. Au regard de leurs antécédents, Irène Danishewsky et son mari sont placés sous surveillance par le MI5, suspectés d’entretenir des liens avec le renseignement soviétique.
Kent s’inscrit également dans le champ de l’activité politique. Ses positions doctrinales demeurent cependant mal établies ; il est fréquemment conjecturé qu’il adopte une orientation isolationniste et qu’il se montre disposé à soutenir les opérations militaires britanniques dans le contexte du conflit. Au début de l’année 1940, par l’entremise d’Anna Wolkoff, il entre en relation avec Archibald Maule Ramsay, parlementaire conservateur aux convictions antisémites, puis intègre le cercle restreint de celui-ci, dénommé le Right Club. Ramsay confie alors à Kent, qui jouit de l’immunité diplomatique, la liste nominative des membres de cette organisation afin qu’elle soit conservée en lieu jugé sûr.
Kent convie ensuite Kent à son domicile en compagnie de Wolkoff et de Ramsay, puis leur présente les pièces dérobées. Il déclare ultérieurement les avoir exhibées à Ramsay dans la perspective que celui-ci les fasse parvenir à des responsables politiques opposés à Franklin D. Roosevelt. Le 13 avril, Anna Wolkoff réalise des reproductions de certains de ces documents et les fait acheminer à Berlin via l’entremise d’un représentant de l’ambassade italienne. Il est établi par la suite, à la suite de l’interception de transmissions radioélectriques par le MI8, que ces documents sont parvenus entre les mains du vice-amiral Wilhelm Canaris, chef de l’Abwehr.
Wolkoff s’adresse à Joan Miller, alors affiliée au Right Club, et sollicite son entremise afin de faire parvenir une missive codée destinée à William Joyce, futur propagandiste radiophonique surnommé « Lord Haw-Haw », en recourant aux relais qu’elle entretient au sein de la représentation diplomatique italienne. Il ignore toutefois que Miller agit en qualité d’agent d’infiltration pour le MI5, le service de renseignement intérieur britannique, sous la direction directe de Maxwell Knight, chargé des opérations de contre-subversion. Miller consent à prendre en charge le document, mais, au lieu d’en assurer la transmission à l’ambassade d’Italie, elle le communique à Knight.
Le 18 mai 1940, l’ambassadeur des États-Unis Joseph P. Kennedy Sr. est informé de la situation et acquiesce à la levée de l’immunité diplomatique dont bénéficiait Kent. Le 20 mai, ce dernier est appréhendé à son domicile privé en application de la loi sur les secrets officiels, au cours d’une perquisition effectuée à l’aube. Les agents du MI5 y mettent au jour 1 929 pièces documentaires officielles, ainsi qu’un registre nominatif recensant des individus placés sous surveillance par la Special Branch et le MI5, auquel s’ajoutent des télégrammes émanant de Winston Churchill. Les investigations permettent également de découvrir les clefs de la salle de chiffrement de l’ambassade des États-Unis. Le même jour, Anna Wolkoff est interpellée et poursuivie pour infraction à ladite législation.
Le 31 mai, au terme d’une période de détention clandestine d’une durée de onze jours, le département d’État des États-Unis rend public le fait que Kent a été révoqué de ses fonctions et qu’il a été maintenu en détention sur instruction du ministre de l’Intérieur, tout en précisant qu’il n’a pas été appréhendé sur le fondement de la législation relative aux secrets officiels.
Le 23 octobre, Kent est traduit à huis clos devant l’Old Bailey, l’audience se déroulant dans des conditions de stricte occultation, les baies et huisseries vitrées étant obstruées au moyen de papier kraft. L’inculpé est poursuivi pour s’être procuré des documents réputés susceptibles de bénéficier, directement ou indirectement, à une puissance ennemie, puis pour en avoir laissé la possession à Wolkoff ; il est également mis en cause pour la soustraction frauduleuse de pièces documentaires appartenant à l’ambassadeur Kennedy. L’accès à la salle d’audience demeure réservé à des observateurs dûment accrédités, parmi lesquels figure Malcolm Muggeridge, agissant en qualité de représentant du MI6. Les témoignages à charge émanent notamment de Maxwell Knight et d’Archibald Ramsay, ce dernier étant alors interné sur l’île de Man en vertu du règlement de défense 18B, en raison de sa consultation desdits documents. Les autorités britanniques ayant eu connaissance de ces pièces estiment que leur divulgation, à ce stade, aurait compromis de manière substantielle les relations anglo-américaines, en révélant la recherche, par Franklin D. Roosevelt, de moyens destinés à contourner la législation de neutralité afin de permettre à la Grande-Bretagne de résister à l’offensive allemande[1] ; une telle révélation aurait en outre été de nature à affecter les perspectives de réélection du président américain au cours de la même année[2].
Lors de l’instance judiciaire qui le concerne, Kent reconnaît avoir soustrait divers documents au sein de l’ambassade des États-Unis à Moscou, dans la perspective encore imprécise de les produire ultérieurement devant des membres du Sénat américain acquis à des orientations isolationnistes et marquées par l’antisémitisme. Il déclare avoir procédé à la destruction par le feu de ces pièces avant sa mutation vers Londres. Il est par ailleurs établi, dans un second temps, qu’il entretient une relation sentimentale avec une interprète relevant du NKVD, c’est-à-dire du service de sécurité soviétique, élément qui contribue à nourrir les conjectures relatives à d’éventuels contacts avec l’Union soviétique.
Le 7 novembre 1940, Kent est déclaré coupable et se voit infliger une peine de sept années d’emprisonnement. Lui-même et Wolkoff échappent de peu à la peine capitale, les faits qui leur sont imputés s’étant produits à peine un mois avant l’entrée en vigueur du Treachery Act de 1940, texte législatif qui institue la sanction de mort pour tout acte de concours apporté à une puissance ennemie. Dans le contexte américain, divers cercles isolationnistes soutiennent alors l’hypothèse d’une machination, estimant que la procédure judiciaire relèverait d’une opération de dissimulation destinée à favoriser l’engagement des États-Unis dans le conflit mondial. Les pièces documentaires, déclassifiées en 1972, ne viennent toutefois étayer aucune de ces allégations. Les archives soustraites par Kent mettent en lumière l’existence de formes de coopération navale entre les États-Unis et le Royaume-Uni, tout en établissant que le président Roosevelt demeure réticent à toute extension de cet engagement sans l’assentiment préalable du Congrès et sans un appui explicite de l’opinion publique américaine.
À l’issue du conflit mondial, Kent est élargi de détention en octobre 1945, puis contraint à un éloignement vers les États-Unis[3]. Il se maintient dans la constance de ses positions idéologiques, revendiquant une opposition invariable au communisme. Par la suite, il s’unit en mariage à une héritière fortunée et accède aux fonctions de directeur de publication d’un périodique floridien d’orientation ségrégationniste, associé au Ku Klux Klan[1]. Dans le champ politique, il profère des accusations contre le président John F. Kennedy, qu’il qualifie de sympathisant communiste, et soutient l’hypothèse d’un assassinat motivé par une trahison idéologique de ce dernier. Kent intègre ultérieurement les rangs du Liberty Lobby[4].
Selon Ray Bearse et Anthony Read, en dépit des positions anticommunistes publiquement revendiquées par Kent, les services du FBI le tiennent pour suspect d’une possible inclination clandestine en faveur de l’Union soviétique. Entre 1952 et 1963, il est visé par six investigations diligentées par cette agence fédérale, lesquelles n’aboutissent à aucune conclusion formelle.
Kent décède à Kerrville, au Texas, en 1988[5].
|titre= » ou « |description= » ., Channel 4 (Royaume-Uni), documentaire télévisé du 16 mars 2013.
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