La post-croissance est un terme générique qui désigne un large éventail de perspectives économiques, écologiques et politiques répondant au dilemme des l
La post-croissance est un terme générique qui désigne un large éventail de perspectives économiques, écologiques et politiques répondant au dilemme des limites de la croissance— c'est-à-dire la prise de conscience que la croissance économique infinie est biophysiquement insoutenable sur une planète aux ressources limitées[1],[2],[3],[4],[5],[6],[7]. Le cœur de la pensée de la post-croissance est de considérer que la croissance du PIB n'est pas l'objectif principal de l'économie. C'est le bien-être qui devient l'objectif principal. La post-croissance met l'accent sur la dissociation entre bien-être sociétal et croissance économique, en défendant la possibilité d'une prospérité au-delà de la croissance.
Les universitaires définissent la post-croissance de différentes manières. Pour certains, elle comprend deux catégories principales : la décroissance (une position prônant une réduction délibérée et équitable de la consommation matérielle et de l'activité économique) et l'a-croissance (en) (une position agnostique vis-à-vis de la croissance économique, selon laquelle les décideurs politiques devraient rester neutres quant à la croissance du PIB, car celle-ci peut avoir des effets tantôt positifs, tantôt négatifs sur les objectifs environnementaux ou sociaux)[8]. Pour d'autres, il s'agit d'un terme générique englobant la recherche en économie du doughnut et du bien-être, en économie stationnaire et en décroissance[9].
Une revue systématique de la littérature scientifique montre que la distinction entre « décroissance » et « post-croissance » est souvent floue, de nombreux auteurs utilisant le terme « post-croissance » comme un fourre-tout afin d'éviter les connotations fortes associées à la décroissance[10].

La post-croissance se réfère à des « sociétés qui ne poursuivent pas la croissance du PIB comme objectif, capables de répondre aux besoins humains de manière équitable sans croissance et dans le juste respect des limites planétaires »[11].
L'économiste allemand Niko Paech (en), professeur à l'université d'Oldenburg, a plaidé en faveur d'une réduction de la production économique et de la promotion de l'autosuffisance et des échanges régionaux. Dans son ouvrage Liberation from Affluence, il propose des mesures telles que la semaine de travail de 20 heures, l'utilisation de monnaies régionales et l'arrêt des grands projets d'infrastructure, notamment les autoroutes et les aéroports[12]. Dans son livre Prospérité sans croissance, l'économiste Tim Jackson démontre que la construction d'une économie « post-croissance » est une « tâche précise, définissable et qui fait sens ». Partant de principes fondamentaux clairs, il expose les dimensions de cette tâche : la nature de l'entreprise ; la qualité de notre vie professionnelle ; la structure de l'investissement ; et le rôle de la masse monétaire[13],[14],[15]. Plutôt que d'opposer croissance à décroissance, il est préférable de « savoir ce qui doit croître et ce qui doit décroître » selon Edgar Morin[16]. La concurrence internationale devrait céder la place à une coopération internationale[17]. Le capitalisme a besoin de croissance pour se maintenir[18],[19], aussi certains universitaires préfèrent-ils le vocable de post-capitalisme à celui de post-croissance. Thomas Piketty, quant à lui, évoque plutôt un socialisme écologique[n 1] qui réduit les inégalités pour renforcer l'acceptabilité des transformations majeures à venir, à rebours du nationalisme et du libéralisme économique[20].

La pérennité du système de retraite, entre autres, repose toutefois sur la croissance économique[24]. Les discussions sur les limites planétaires conduisent à s'intéresser d'un côté à la décroissance, de l'autre côté à la croissance verte[25]. L'Agence fédérale de l'environnement (en) en Allemagne montre que les deux approches sont antinomiques. Ainsi, selon l'approche décroissante[26] : «
Selon l'approche de croissance verte[26] : «
Selon l'Agence fédérale de l'environnement, la philosophie montre que la première affirmation des décroissants peut être vue comme exacte, mais la démonstration du maintien du niveau de vie n'est pas convaincante. Leur deuxième affirmation sur l'échec inévitable d'un découplage suffisamment fort entre la croissance économique et la pollution de l'environnement n'est pas scientifiquement prouvée. Quant aux tenants de la croissance verte, leur première position n'est vraie que si on la restreint économiquement à la protection sociale. Cependant, il n'est pas clair pourquoi c'est cette conception de la qualité de vie et non une autre conception qui devrait servir de référence à l'action politique. Rien ne prouve la possibilité d'un découplage suffisamment fort, ce qui invalide leur seconde affirmation. Pire, si on ne poursuit pas seulement un seul objectif écologique, par exemple la réduction des émissions de CO2, mais si on réduit simultanément toutes les répercussions écologiques pour respecter les limites planétaires il manque des connaissances solides sur l'évolution future en matière de performance économique[26]. Les deux positions de la décroissance et de la croissance verte reposent donc sur des hypothèses qui ne peuvent pas être suffisamment justifiées ou étayées scientifiquement. Aucune de ces positions ne devrait donc prétendre pouvoir servir de stratégie unique pour guider l'action politique en matière d'environnement. Aussi l'Agence fédérale de l'environnement préconise-t-elle une troisième approche appelée « approche post-croissance préventive ». Il s'agit de rendre la société moins dépendante de la croissance[26],[27]. « Compte tenu de l'incertitude quant aux chances de succès de la stratégie jusqu'ici dominante de découplage de la croissance économique des effets négatifs sur l'environnement, il semble toutefois nécessaire de continuer à travailler à la conception et à l'expérimentation de modèles moins dépendants de la croissance économique »[23]. Pour réduire la dépendance à la croissance, certaines méthodes ont reçu des preuves empiriques (quantitatives) concernant leur effet sur les ressources, soit en rapport avec des expériences concrètes dans des pays, soit avec des modélisations pertinentes, et d'autres sont de nature plus spéculative. Parmi les méthodes avérées, on peut citer la réduction du temps de travail grâce aux gains de productivité, l'internalisation des coûts environnementaux au travers de taxes, la promotion des biens communs, l'augmentation de la part de services intensifs en main-d'œuvre et l'augmentation de la durée de vie des produits. Les méthodes plus spéculatives seraient l'introduction d'un revenu de base, le renforcement de la production locale ou régionale, l'introduction de monnaies complémentaires régionales, la régulation de la publicité ou encore les open source hardwares[28].
Les mesures-phare de la politique post-croissance sont la réduction du temps de travail, le revenu universel de base, l'impôt sur la fortune, la taxe carbone, associés à une forte redistribution et à des services publics universels[29],[9].
L'Organisation des Nations unies met en place un groupe d'experts chargé de travailler sur le thème Beyond GPD (« Au delà du PIB »)[30]. Tout en ventant les mérites du PIB, le document pointe les inconvénients[31] :
Closing Worlds Initiative constitue une des propositions les plus concrètes de la post-croissance, centrée sur la gouvernance du renoncement et appliquée aux organisations (entreprises, collectivités, administrations), car elle ne s'intéresse pas seulement à ce qu'il faudrait construire, mais surtout à ce qu'il faut apprendre à fermer[32].
Une revue systématique de la littérature universitaire réalisée en 2024 a conclu qu'un certain nombre d'études utilisaient le terme « post-croissance » pour exprimer des points de vue associés à la décroissance, et que certains éminents chercheurs spécialisés dans la décroissance l'avaient employé dans leurs propres travaux (par exemple, Hickel et al., 2021). Alors que la post-croissance fait généralement référence à la priorité accordée à la durabilité et à la justice sociale par rapport à la croissance économique, la décroissance va plus loin en prônant une réduction délibérée de l'ampleur de l'activité économique pour atteindre ces objectifs. Ces dernières années, la distinction entre ces deux termes s'est estompée, de nombreux auteurs traitant de la décroissance utilisant le terme fourre-tout de « post-croissance », peut-être pour éviter la résistance suscitée par la forte connotation de la décroissance[10].
Une étude publiée en 2025 dans The Lancet Planetary Health a passé en revue 201 études récentes afin d'évaluer le domaine de la recherche sur la post-croissance. Les auteurs ont mis en évidence les avancées réalisées dans le domaine des modèles macroéconomiques écologiques, notamment l'évaluation de politiques de post-croissance, la prise en compte des dépendances du bien-être liées au PIB et l'identification de systèmes permettant de réduire l'utilisation des ressources tout en améliorant le bien-être. Cette revue a été rédigée par des experts de premier plan issus de multiples sous-domaines de la recherche sur la post-croissance et met en avant les contributions récentes les plus importantes sans se conformer aux critères traditionnels des revues systématiques, tels que l'obligation d'utiliser explicitement la terminologie « post-croissance ». Selon cette étude, les modèles macroéconomiques écologiques utilisés dans la recherche sur la post-croissance pourraient être améliorés de quatre manières : en intégrant un ensemble plus large d’indicateurs environnementaux et de bien-être ; en les adaptant et en les calibrant à des contextes géographiques et économiques qui dépassent l’Europe et de l’Amérique du Nord ; en y intégrant des dimensions internationales telles que le commerce, les flux de capitaux et les fluctuations monétaires ; et en étendant cette approche aux modèles d'économie du climat mondiaux. Les auteurs notent également que, si des facteurs structurels peuvent rendre la transition vers la post-croissance politiquement difficile, une attention relativement faible a été accordée à ses dimensions géopolitiques, notamment aux risques potentiels pour les pays pionniers, tels que la fuite des capitaux ou la perte d’influence géopolitique. Ils identifient en outre un manque de connaissances concernant les voies politiques susceptibles de rendre les transitions vers la post-croissance réalisables, notamment en ce qui concerne la manière dont les changements dans la gouvernance internationale et les structures de pouvoir mondiales pourraient créer ou restreindre les opportunités de post-croissance et de développement souverain[33].
Aucun pays n'a mis en œuvre de politique de post-croissance, aussi la voie de la « recherche-action participative » semble-t-elle prometteuse[34]. Les Doughnut Economics Action Lab (Deal), où les intéressés et le public élaborent des politiques locales, en sont une illustration[35].
Timothée Parrique résume les vingt thèses de la post-croissance en vingt phrases[36] :
« Aucun pays au monde ne parvient à satisfaire les besoins fondamentaux de sa population tout en respectant un niveau d’usage des ressources soutenable. La croissance économique n’est jamais complètement découplée de l’utilisation des ressources naturelles et des impacts environnementaux. S’il est impossible de verdir suffisamment la production et la consommation, il faudra décroître. Les coûts de l’action sont inférieurs à ceux de l’inaction. Au-delà d’un certain niveau de richesse, la croissance n’améliore plus la qualité de vie. Il faut remplacer le PIB par d’autres indicateurs de prospérité et substituer à l’idée d’une croissance linéaire et quantitative une vision plus riche du développement. La croissance peut même dégrader le bien-être. Si la croissance n’améliore pas la qualité de vie, son absence, surtout lorsqu’elle est brutale, peut la mettre en péril. Le ralentissement de la croissance économique (en) dans les pays riches n’est pas une mauvaise nouvelle. Le ralentissement de la croissance, qu’il soit voulu ou subi, nécessite une réorganisation profonde du système économique afin qu’il puisse prospérer sans croissance. La question du financement est secondaire. La post-croissance n’est pas compatible avec le capitalisme[n 1]. Il faut déconstruire l’hégémonie de la croissance dans les discours et les pratiques politiques. La croissance économique tend à accroître les inégalités et les inégalités nuisent à la démocratie. La coordination entre plusieurs pays faciliterait la transition. Il est fortement probable que rien ne change sans une mobilisation de masse de la société civile. La croissance bénéficie principalement aux déjà riches sans réussir à éliminer la pauvreté. La croissance des pays riches nécessite une appropriation disproportionnée de ressources humaines et naturelles dans les pays pauvres. Ce sont les riches qui polluent le plus et les pauvres qui en subissent le plus les conséquences. Le développement ne se résume pas à la croissance économique. »
En matière de financement de la transition écologique, l'épargne mondiale est largement suffisante, selon Céline Guivarch. En revanche, il conviendrait d'orienter au plus vite les financements vers les solutions et de désinvestir dans les énergies fossiles[37]. Pour Thomas Piketty, « la seule façon de pouvoir réaliser [des] transformations [majeures], c'est de le faire de façon juste ». Il fait remarquer que les riches émettent beaucoup plus de CO2 que les pauvres. La taxation des plus riches permet de réduire les inégalités, de financer la transition écologique et surtout de renforcer son acceptabilité[20].
Une étude menée en 2023 auprès de près de 800 chercheurs en politique climatique à travers le monde a révélé que 73 % d’entre eux soutiennent la post-croissance (45 % en faveur de l'a-croissance (en) et 28 % de la décroissance)[8]. Une enquête pan-européenne a indiqué que 61 % des personnes interrogées sont favorables aux approches de post-croissance[38]. Dans une enquête représentative menée auprès de citoyens espagnols, Drews et van den Bergh (2016) ont constaté qu’une majorité considérait la croissance économique et la durabilité environnementale comme compatibles (croissance verte), tandis qu’environ un tiers préférait soit ne pas tenir compte de la croissance économique en tant qu’objectif politique (a-croissance (en)), soit y mettre fin complètement (décroissance)[39].
Selon le scientifique spécialiste de l'environnement Rikard Warlenius (sv), il existe déjà des exemples de découplage absolu où les émissions ont diminué plus rapidement que le seuil de 4 % proposé par Hickel et Kallis. Aucune raison convaincante n'est avancée pour expliquer pourquoi des mesures politiques fortes ne permettraient pas d'atteindre des taux de découplage plus élevés. Il trouve surprenant que ces chercheurs ne puissent imaginer des politiques plus agressives que celles utilisées dans leur modèle. Dans des conditions normales, la croissance économique augmente les émissions, tandis que la décroissance stabilise les émissions. Mais la croissance économique est probablement mieux placée que la décroissance pour créer les conditions nécessaires à une action climatique ambitieuse, telle que les transitions profondes, transformatrices et coûteuses décrites par le GIEC[40].
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