Conflits entre la régence d'Alger et les dynasties chérifiennes

Conflits algéro-chérifiens
Description de cette image, également commentée ci-après
Armée de la Régence d'Alger, Béni Abbès et Koukou en campagne vers Oran.
Informations générales
Date 15501795
Casus belli Litiges territoriaux
Issue

Fixation des frontières autour de l'Oued Kiss.

  • Oran est toujours sous contrôle algéro-ottoman (Beylik de l'Ouest) ;
  • Le Maroc est toujours indépendant ;
  • Échec des sultans chérifiens de conquérir l'Oranie.
Belligérants
Régence d'Alger (1550-1795)
Royaume des Beni Abbès (1550-1795)
Royaume de Tlemcen (1550-1553)
Maroc (1559-1795)
Empire espagnol

Conflits algéro-chérifiens

Batailles

Campagne de l'Oranie (1550)
Bataille de Tlemcen (1550)
Campagne de Tlemcen (1551)
Invasion du Chélif par les Saadiens (1552)
Bataille de Koudiat al-Mahali (1554)
Prise de Fès (1554)
Bataille de Tadla (1554)
Campagne de Tlemcen (1557)
Bataille de l'Oued-el-Leben (1558)
Campagne de Tlemcen (1558)
Campagne de Tlemcen (1559)
Prise de Fès (1576)
Bataille d'al-Rukn (1576)
Expéditions du Touat (1645-1652)
Campagne de l'Oranie (1647)
Prise d'Oujda (1647)
Soulèvement dilaïte (1677)
Campagne de la Tafna (1678)
Campagne de Tlemcen (1559)
Campagne de Tlemcen (1679)
Bataille de la Moulouya (1692)
Campagne de l'Oranie (1699-1700)
Bataille du Chelif (1701)
Expédition d'Oran (1707)
Expéditions sur Laghouat (1708-1713)
Occupation du Rif Oriental (1792-1795)

Les conflits entre la régence d'Alger et les dynasties chérifiennes ou conflits algéro-chérifiens[1] ou guerres algéro-marocaines[2],[3] sont une série de confrontations entre d'une part la régence d'Alger et ses alliés — les sultanats locaux ou confédérations tribales — et de lautre part les dynasties chérifiennes des Saadiens puis des Alaouites, régnant sur le Maroc à partir du XVIe siècle.

Les origines de ces conflits sont multiples et imbriquées. L'entreprise d'établissement étatique de la régence d'Alger au Maghreb central autour d'Alger comme nouveau centre politique de premier plan et son intégration à l'Empire ottoman se fait aux dépens des Zianides de Tlemcen à l'ouest. Ces derniers en conflits récurrents au début du XVIe siècle avec la régence d'une part et les Espagnols d'autre part finissent par voir leur domaine intégré à la régence. Leur affaiblissement attise les convoitises saadiennes et leur prétention sur l'ouest algérien.

Si la régence d'Alger confirme son contrôle sur Tlemcen et l'Oranie elle n'a pas les moyens de lancer de longues campagnes dans les confins sahariens qu'elle délègue à diverses confédérations tribales comme les Ouled Sidi Cheikh. Les Saadiens bloqués au nord par l'Empire Espagnol et la Régence d'Alger trouvent alors un débouché sud-saharien pour l'extension de leur Empire.

Ces conflits et les accords qui en découlent préfigurent les frontières et les délimitations entre les États-nations modernes du Maghreb.

L'établissement de la régence d'Alger (XVIe siècle)

Effondrement des zianides de Tlemcen

L'affaiblissement des zianides de Tlemcen, jouant sur leur alliances entre l'Espagne, les Turcs d'Alger et les Wattassides pour se maintenir ouvre une période de vide politique dans l'ouest algérien[1]. La fondation de la régence d’Alger (1512-1529) puis son intégration dans l’Empire ottoman va se faire aux dépens des Zianides à l'ouest et des Hafsides à l'est[4]. La régence d'Alger, dirigée par l'élément turc exogène de sa milice, va étendre son influence à l'ouest par le jeu des alliances maraboutiques et des confréries. Cependant l’avènement des dynasties chérifiennes à Fès, avec les Saadiens en 1550 bouleverse ce jeu d'alliances. En effet, la régence d'Alger ne peut compter sur l'appui maraboutique contre des souverains revendiquant une origine chérifienne (c'est-à-dire descendant de Mahomet). Il s'engage donc des négociations, concernant les territoires anciennement sous suzeraineté zianide, qui n'aboutissent pas[1].

Tentatives saadiennes en Oranie

En 1545, les Saadiens s'allient aux Espagnols. L'armée chérifienne prend Tlemcen sans combats en 1550 et décide de marcher sur Alger. Les beylerbeys de la régence d'Alger et le sultan des Beni Abbès concluent alors le pacte d'Aguemoun Ath Khiar[5]. Ils reprennent la ville de Tlemcen et l'Oranie en 1551[6] ; la victoire est exploitée politiquement par les Turcs d'Alger et jouera un rôle dans la formation de l'Algérie (préfigurant ses frontières)[5]. Ce conflit ouvre une période d'hostilité algéro-chérifienne qui ne cessera qu'en 1585 avec l'intervention du sultan ottoman[1]. Dès lors durant un siècle environ la frontière de la Moulouya sera respectée[4].

D'autre part la chute des Zianides de Tlemcen ouvre la voie aux conquêtes sahariennes des Saadiens soucieux de contrôler les axes transsahariens laissés vacants. La régence ne peut s'engager dans des expéditions sahariennes lointaines, il est cependant fait mention de l'envoi d'une troupe d'Alger dans le Gourara vers la fin du XVIe siècle à la demande des ksouriens face aux rezzous venus du Tafilalt[7]. Le Touat et le Gourara sont alors soumis à une tentation de repli local et sont indépendants de fait[8].

Déroulement

Alliance turco-wattasside

Pendant la première moitié du XVIe siècle, les Wattassides et les Ottomans entretiennent en général de bons rapports, les premiers soutenant militairement les seconds lors de leur conquête du royaume des Zianides de Tlemcen, tandis qu'à Fès un nombre considérable de janissaires est au service des sultans[9]. Les rapports se détériorent cependant en raison de mésententes au sujet de Tlemcen ainsi qu'à la suite de l'asile accordé par les Wattassides aux organisateurs de révoltes anti-turques[9].

Soutien ottoman aux Wattassides contre les Saadiens

Le premier soutien ottoman aux Wattassides remonte à 1545 quand ces derniers, perdant du terrain dans leur guerre contre leurs adversaire saadiens, se tournent vers l'empire de la Sublime Porte dans le but d'obtenir une aide militaire leur permettant de rester au pouvoir[10]. Ainsi, le prince wattasside Abou Hassoun, régent pour le jeune sultan Mohammed al-Qasri, reconnait l'autorité du calife ottoman en retour de l'aide militaire demandée[10].

Cependant, les Ottomans n'interviennent pas militairement dans les années 1540 en raison des troubles marquant la fin de l'ère zianide à Tlemcen[10]. Ils donnent néanmoins l'asile à Abou Hassoun en 1549, après que les Saadiens ont conquis Fès[10].

Échec de l'entente turco-saadienne

En 1549, la conquête du pouvoir au Maroc par la dynastie des Saadiens fait craindre aux Ottomans de perdre l'appui des confréries religieuses en Oranie occidentale[11]. Une entente est conclue entre les deux parties, prévoyant le partage de l'ancien territoire zianide: les Marocains récupèreront Tlemcen tandis qu'Oran ira aux Ottomans[11]. L'accord demeure néanmoins lettre morte, notamment en raison des intrigues des Turcs avec les princes Ourtajin de Debdou, alliés des Wattassides, ainsi que le ralliement au clan pro-marocain du plus haut dignitaire de la cour de Tlemcen, le vizir Al-Mansour[11].

Craignant la menace turque, le sultan Saadien Mohammed ech-Cheikh lance aussitôt, en 1550, une offensive contre la présence turque dans l'Ouest algérien[10]. Les marocains prennent Tlemcen le [11], mais échouent devant Mostaganem puis sont battus par les Banu 'Amir, alliés des Espagnols installés à Oran[10]. Les Saadiens perdront Tlemcen en [11] au profit des Ottomans, ces derniers annexant l'ancien royaume des Zianides à leurs possessions en Algérie, la Régence d'Alger, tandis que le conflit armé se poursuit dans la vallée du Chelif[12].

Prise de Fès par les Ottomans

Les tensions entre Saadiens et Ottomans s'exacerbent en 1552, quand les premiers refusent de reconnaitre les seconds en tant que suzerains[12]. Ceci mène les Ottomans à lancer une offensive contre Fès en [13], dirigée par le pacha d'Alger Salah Raïs, qui se solde par la prise de la ville et l'installation au pouvoir du Wattasside Abou Hassoun en janvier 1554[13],[12]. Ce dernier reconnait la suzeraineté nominale des Ottomans en faisant prononcer la khutba au nom du Sultan ottoman[14].

En , Mohammed ech-Cheikh réussit à reprendre Fès et à en chasser Abou Hassoun et les Ottomans, avant de conclure contre ces derniers une alliance avec les Espagnols d'Oran[12].

Assassinat de Mohammed ech-Cheikh

Après avoir de nouveau refusé de prêter allégeance au sultan ottoman peu après , Mohammed ech-Cheikh est assassiné sur ordre du sultan ottoman Soliman le Magnifique, en par des membres turcs de sa garde, entrés à son service auparavant après avoir prétendu être des déserteurs de l'armée ottomane[12]. Il est décapité et sa tête emmenée à Constantinople.

Après la mort de Mohammed ech-Cheikh, les Turcs reprennent Tlemcen, qui était aux mains des Marocains depuis 1556 –ces derniers s'en retirant sans combattre[15]–, avant de poursuivre leur offensive vers le territoire marocain, où ils confrontent l'armée saadienne au nord de Fès lors de la bataille de l'Oued-el-Leben en 1558. Ayant perdu le soutien du prince de Debdou[11] et appris que les Espagnols –alors alliés des Marocains– préparaient une attaque contre la Régence depuis Oran[15], les Turcs sont contraints de se retirer du Maroc.

Succession d'Abdallah el-Ghalib

La succession d'Abdallah el-Ghalib, décédé en 1574, est l'occasion pour les Turcs d'intervenir à nouveau au Maroc en soutenant deux prétendants au trône, les futurs sultans Abd al-Malik et Ahmed al-Mansour, contre le sultan en fonction Muhammad al-Mutawakkil[16].

Renversement de Muhammad el-Mutawakkil

En 1576, les Turcs appuient le prétendant Saadien Abd al-Malik — à qui ils ont offert l'asile et qu'ils accueillent depuis 1574 — pour reprendre Fès et renverser son neveu, le sultan al-Mutawakkil[17] ; un corps expéditionnaire de 10 000 hommes, principalement des Janissaires mis à disposition d'Abd al-Malik par les autorités d'Alger d'après une requête qui leur a été faite par la Sublime Porte, bat l'armée d'al-Mutawakkil lors de la bataille d'al-Rukn et prend Fès, avant de s'emparer des autres villes du royaume par la suite[18].

Abd al-Malik ayant accédé au pouvoir, il conserve un corps militaire turc au sein de son armée — alors qu'il réorganise son armée selon le modèle ottoman — et reconnait le sultan turc comme Calife, en faisant prononcer la prière en son nom[19], chose sur laquelle il revient aussitôt les janissaires turcs repartis[20].

Entretenant dans un premier temps de bons rapports avec la Sublime Porte, Abd al-Malik conserve néanmoins l'indépendance marocaine envers l'Empire Ottoman et maintient des relations diplomatiques avec les Espagnols dans le but de la garantir[19],[21].

La présence militaire turque au Maroc constituant une menace envers le Portugal, plus spécialement ses possessions sur les côtes marocaines (Mazagan, Tanger et Ceuta), c'est vers le roi portugais Sébastien Ier que le sultan déchu al-Mutawakkil se tourne afin de solliciter une aide militaire, dans le but de reconquérir le pouvoir[19].

Bataille des Trois Rois

Pendant l', une expédition portugaise dirigée par Sébastien Ier et accompagnée d'al-Mutawakkil envahit le nord du Maroc et entreprend de progresser vers Fès. Le , elle se confronte aux forces combinées d'Abd al-Malik et de ses alliés ottomans ; la présence de ces derniers sera décisive pour l'issue de la bataille, qui se solde par la déroute totale des forces portugaises ainsi que par le décès des trois rois: al-Mutawakkil, Abd al-Malik et Sébastien[17].

Le successeur d'Abd al-Malik, Ahmed al-Mansour, moins favorable aux Turcs, mènera une politique anti-ottomane, rejetant leur Califat qu'il revendique pour lui-même[22] et consolidant l'indépendance du Maroc[23].

Les tensions entre Saadiens et Ottomans prennent fin en 1585, sur ordre du sultan de Constantinople, laissant les deux parties sur leurs positions respectives[11].

Malgré la nature fluctuante et le plus souvent conflictuelle des relations entre les deux empires, l'influence des traditions ottomanes se manifeste à la cour des Saadiens : le protocole, l'organisation administrative et militaire s'inspirent des progrès de l'organisation ottomane, bien que la Justice demeure imperméable à ces influences, étant donné que les Saadiens ne partagent pas le rite hanafite officiellement en vigueur dans l'Empire ottoman[24].

Implications ottomanes au Maroc au XVIIe siècle

Extension approximative des empires ottoman et chérifien au XVIIe siècle.

Pendant la fin de l'ère saadienne

À la suite du décès d'Ahmed al-Mansour en 1603, le Maroc entre dans une guerre de succession qui durera près d'un quart de siècle, de laquelle le pouvoir saadien sort affaibli, ayant perdu le contrôle d'une grande partie du territoire marocain[25].

Parmi les prétendants à la succession d'Al-Mansour, le prince Zaidan, après plusieurs revers militaires, se réfugiera à Tlemcen et demandera l'appui des Ottomans dans le but de conquérir le pouvoir, sans parvenir à se voir accorder une quelconque aide[26]. Ce dernier parvient à prendre le pouvoir à Marrakech par ses propres moyens en 1608, sans se faire allié des Turcs.

Sorti victorieux de la guerre de succession, le clan de Marrakech est néanmoins affaibli et a perdu le contrôle d'une grande partie du territoire marocain. Les Turcs supporteront, au cours des décennies suivantes, différents chefs de guerre et leaders de confréries religieuses.

Pendant les débuts de l'ère alaouite

Après une phase d'apaisement qui suit l'intervention de la Sublime Porte à la fin du XVIe siècle, l'émergence d'une nouvelle dynastie chérifienne au Maroc, celle des Alaouites, connait une nouvelle phase de conflits à partir du milieu du XVIIe siècle, principalement en raison des litiges frontaliers ainsi que de la remise en cause de la légitimité de chacune des parties par l'autre[27]. Cette dernière phase de conflits ne s'apaisera qu'à la fin du XVIIIe siècle.

Soutien ottoman aux Dila'ites

Ayant émergé comme force politico-religieuse et militaire majeure pendant la première moitié du XVIIe siècle, les Dila'ites — qui contrôlent, lors de la montée en puissance des Alaouites, une grande partie du nord du Maroc — bénéficient de la sympathie des Turcs. À la suite de la prise de Dila par les Alaouites en 1668, les Dila'ites sont expulsés vers l'Empire ottoman[28].

En 1677, une ultime offensive dila'ite est menée avec l'appui militaire ottoman. Après quelques succès dans le Moyen-Atlas, l'expédition est finalement vaincue par les Alaouites et le mouvement dila'ite est définitivement battu[29].

Soutien ottoman à Ghaïlan et aux Naqsis

Ancien allié des Dila'ites, le raïs Khadir Ghaïlan contrôle, au moment de l'arrivée au pouvoir des Alaouites, une partie du nord du Maroc (Gharb, Habt, Loukkos et Péninsule tingitane). Confronté à ces derniers, il est battu en 1666 et doit se réfugier aux côtés d'une partie des Naqsis –princes indépendants de Tétouan depuis 1597– à Alger[30].

En 1673, à la suite du décès du sultan Rachid ben Chérif, Ghaïlan et les Naqsis mènent une offensive contre le nord du Maroc, avec un appui militaire et logistique turc. Cependant, l'offensive échoue près de Ksar el-Kebir, battue par l'armée alaouite en et Ghaïlan y est tué[31],[32].

Litige frontalier turco-alaouite

L'époque des beylerbeys révolue, les dirigeants d'Alger manquent de puissance pour entreprendre des incursions au cœur du territoire marocain[33]. Dorénavant, l'essentiel du conflit réside dans le litige relatif aux frontières du Maroc et des possessions ottomanes d'Afrique du Nord, qui donne lieu à plusieurs confrontations, principalement pour le contrôle d'Oujda, qui change de main à plusieurs reprises.

En 1641, Oujda –qui est alors sous contrôle ottoman– est prise par le prince alaouite Mohammed ben Chérif. Ce dernier razzie la région de Tlemcen et pousse même jusqu'à Laghouat, avant que les Turcs n'obtiennent qu'il se tienne « en deçà de la Tafna » par un traité négocié avec le pacha d'Alger en 1647[34],[35]. Quelques coups de force sont aussi tentés contre Oran, considérée comme marocaine[36].

En 1651, le prince Mohammed ben Chérif soumet la région de Nedroma avant de revenir sur Oujda[37]. Malgré ces contestations frontalières, les Turcs considèrent la Tafna comme limite entre les territoires marocain et turc[38].

Le sultan alaouite Ismaïl ben Chérif tente à son tour une incursion dans la Tafna jusqu'au Amour en 1678 mais, défait par l'artillerie turque, doit reconnaître la limite sur la Tafna[39],[35], après que des lettres de ses prédécesseurs, Mohammed ben Chérif et Rachid ben Chérif, reconnaissant cette délimitation, lui soient présentées[38] ; le traité n'est cependant pas appliqué et la frontière à la Tafna demeure théorique, les Turcs gardant une garnison à Nedroma[37],[33]. Ismail garde le contrôle d'Oujda jusqu'en 1692 quand, battu par les Turcs, il doit leur reconnaitre comme frontière la Moulouya[40],[41].

À la suite du décès du sultan Yazid ben Mohammed en 1792, le bey d'Oran Mohamed el-Kebir organise l'invasion du nord-est marocain, où il contrôle désormais Oujda et la partie orientale du Rif[42],[43]. L'intervention organisée en 1795 par le successeur de Yazid, Slimane ben Mohammed, permet aux Marocains de reprendre définitivement ces territoires[43],[44],[40]. La frontière est alors définitivement fixée à l'oued Kiss[45].

Dans le même temps, entre 1792 et 1830, les sultans alaouites harcèlent les beys d'Oran, « successeurs patrimoniaux de l'Espagne », avant de profiter de l'effondrement de la régence d'Alger pour lancer leur armée sur l'Oranie : les habitants de Tlemcen reconnaissent bientôt, éphémèrement, Abderrahmane ben Hicham comme leur suzerain[36] ; les Marocains se retirent définitivement de Tlemcen en 1834, en faveur d'Abdelkader ibn Muhieddine[46].

Les incursions alaouites au beylik de l'Ouest et au Sahara

Avec l’avènement de la dynastie alaouite, les hostilités avec la régence d'Alger vont reprendre. Moulay Ismaïl entreprend un projet de conquête de l'Oranie en 1690-1691 et se rend maitre de la Tafna. Mais finalement battu par le dey Hadj Chabane[47], il se voit imposer un traité où il reconnait les droits de l'État d'Alger à la Moulouya[4].

Un prince alaouite, Moulay Zidan, gouverneur de Taza, lance une offensive sur le beylik de l'ouest, prend Mascara et pille le palais du bey. Moulay Ismaïl, le sultan, destitue alors Moulay Zidan et, les hostilités étant ouvertes, franchit également la frontière algérienne et affronte l'armée du dey d'Alger dans la vallée du Chelif en 1701[48]. L'armée de Moulay Ismaïl est défaite par les Algériens[49] et, selon une correspondance entre le dey Moustapha et le grand écrivain Hussein Agha, ses pertes s'élèvent à 3 000 hommes dont 50 caïds[49]. La régence d'Alger occupée par le siège d'Oran aux mains des Espagnols, ne poursuit pas les hostilités, même si les relations restent très tendues. Les années suivantes Moulay Ismaïl mène des incursions sahariennes vers Ain Madhi et Laghouat sans réussir à s'y implanter durablement[48]. À la suite de ces expéditions, le dey d'Alger, Moustapha II écrit alors à Moulay Ismaïl au sujet du rattachement des Algériens et de leur territoire au pouvoir de la régence d'Alger[50].

À la fin du XVIIIe siècle, le sultan Moulay Sliman organise une expédition sur Oujda qui, selon le chroniqueur marocain Abou al Kacem ben Ahmed Az Ziani, fait alors partie du territoire soumis aux Turcs d'Alger. Le bey d'Oran n'oppose aucune résistance, et désormais avec la prise de la ville en 1795, c'est l'oued Kiss qui sert définitivement de délimitation entre les deux territoires en lieu et place de la Moulouya[4]. Le sultan alaouite Moulay Sliman faisait aussi la conquête de Figuig pour une brève période en 1805[51].

Au sud ouest la régence s'appuie sur la grande confédération tribale des Ouled Sidi Cheikh, ralliés à la régence d'Alger vers la fin du XVIIe siècle pour exercer un contrôle sur ses confins sahariens[52].

Références

  1. a b c et d Boyer 1966, p. 11–49
  2. Ismet Terki Hassaine, « Oran au xviiie siècle : du désarroi à la clairvoyance politique de l’Espagne », Insaniyat / إنسانيات. Revue algérienne d'anthropologie et de sciences sociales, nos 23-24,‎ , p. 197–222 (ISSN 1111-2050, DOI 10.4000/insaniyat.5625, lire en ligne, consulté le ) :

    « Une circonstance inattendue, la guerre algéro-marocaine de 1701, a contribué à un rapprochement entre la régence d’Alger et l’Espagne, qui s’est traduite par la signature d’une trêve, qui était sur le point de se concrétiser sur le terrain, du côté d’Oran, entre les deux belligérants. »

  3. Moulay Belhamissi, Marine et marins d'Alger, 1518-1830, Bibliothèque nationale d'Algérie, (ISBN 978-9961-901-06-9, lire en ligne) :

    « En 1690, Cha'ban Dey s'etait vu offrir des sommes considerables en contrepartie d'une declaration de guerre a la France. Et comme celui-ci refusait, les Anglo-Hollandais tramerent une serie de complots pour activer sa chute Ils furent à l'origine de la guerre algero-marocaine de 1692 »

  4. a b c et d Chenntouf et UNESCO 1999, p. 191-206
  5. a et b Encyclopédie berbère 2005, p. 4112
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  13. a et b Fage & Oliver (1977), p. 406
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  23. Abun-Nasr (1987), p. 218-219
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  27. Carool Kersten, « The Caliphate and Islamic Statehood: Challenges and fragmentation, vol. 2 », dans : Critical surveys in Islamic studies, (Gerlach Press 2015, (ISBN 9783940924568)), p. 184 : « The rise of the second sharîfian dynasty in Morocco , in the mid - 17th century was accompanied by new conflicts with the Ottomans in Algeria , about issues of legitimacy and borders. It is only toward the 18th century that an international threatening environment led the two powers to a mutual and lasting recognition. »
  28. M. E. Michaux-Bellaire, « Les confréries religieuses au Maroc » (lien), dans: Archives Marocaines, Vol. 27, Libraire Ancienne Honoré-Champion, 1927, p. 72
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  30. Mission Scientifique du Maroc (Publ.), « Archives marocaines, vol.18 », Ernest Leroux, 1912, p. 9
  31. Conférences franco-marocaines, vol.1, Plon-Nourrit and Cie, 1916, p. 412: « Il [Ghaïlan] en revint avec l'appui des Turcs de la Régence, en 1673, après la mort de Moulay El Rechid ; mais il fut battu et tué »
  32. Mission Scientifique du Maroc (Publ.), « Archives marocaines, vol.18 » (lien), Ernest Leroux, 1912, p.10: « Pendant ces troubles [proclamation d'Ahmed ben Mehrez], Ghaïlan, qui s'était fait des partisans, revient à Tétouan sur des bateaux d'Alger. Avec un certain nombre de volontaires turcs et des Oulad Naqsis, il se rendit bientôt maître de tout le Gharb, avec Arzila, El-Qçar el-Kebir, Tétouan, et menaça la province de Fès. Ismaïl envoya alors contre lui une forte armée qui le rencontra près d'El-Qçar el-Kebir: une bataille désespérée eut lieu, mais Ghaïlan, trahi, fut tué dans la mêlée, son armée se débanda, ses principaux compagnons furent faits prisonniers et toutes les places qu'il avait occupées se rendirent »
  33. a et b Boyer (1966), p. 33
  34. Julien (1994), p. 595
  35. a et b Laurent Pointier, « Sahara occidental : la controverse devant les Nations unies » (lien), Karthala, 2004, p. 46
  36. a et b Alfred Salinas, « Quand Franco réclamait Oran : l'Opération Cisneros » (lien), L'Harmattan, 2008, p. 15
  37. a et b Gilbert Grandguillaume, « Nédroma: l'évolution d'une médina » (lien), Brill Archive, 1976, p.60
  38. a et b Magali Morsy, « La relation de Thomas Pellow : une lecture du Maroc au 18e siècle » (lien), éd. Recherche sur les civilisations, Paris, 1983, p. 127
  39. Julien (1994), p. 605
  40. a et b Y. Katan, « Oujda, une ville frontière du Maroc, 1907-1956 », La Porte, 1993, p. 23 : « En 1692 Moulay Ismael, battu par les Turcs, dut signer à Oujda un traité qui reconnaissait leur domination jusqu'à la Moulouya. Celle-ci devait durer plus de cent ans. En 1795 le Sultan Moulay Sliman envoya une expédition qui s'empara d'Oujda »
  41. A. Retnani, « Oujda, Années 20 » (lien), Ed. La Croisée Des Chemins, 2010, p. 25
  42. Boyer (1966), p. 35
  43. a et b M. El-Mansour, « Morocco in the Reign of Mawlay Sulayman », Middle East & North African Studies Press, 1990, p. 104 : « By 1798 the sultan had organised a military expedition into the eastern Rif and Oujda on the Algerian border. Since 1792 these territories had been under the control of the Algerian Turks »
    note: bien qu'El-Mansour situe l'évènement en 1798, la majorité des sources le situe plutôt en 1795.
  44. « Oujda », dans: First Encyclopaedia of Islam: 1913-1936 ([1]), BRILL, 1993, p. 1016, « Finally in 1795, a Sherifin force again took possession of Oudjda which henceforth remained under Moroccan rule. »
  45. Tayeb Chenntouf, « La dynamique de la frontière au Maghreb » (lien), dans: Des frontières en Afrique du XIIe au XXe siècle, éd. UNESCO, 2005, p. 204-205
  46. Louis Piesse, « Itinéraire historique et descriptif de l'Algérie, comprenant le Tell et le Sahara » (lien), Hachette, 1862, p. 240
  47. Chems-Eddine Chitour 2004, p. 224.
  48. a et b Michel Abitbol 2014, Chapitre : Le siècle de Moulay Isma'il (1672-1727)
  49. a et b Guy Turbet-Delof 1973, p. 163
  50. Jillali El Adnani 2007, p. 41.
  51. Auguste Cour, L'établissement des dynasties des Chérifs au Maroc et leur rivalité avec les Turcs de la Régence d'Alger, 1509-1830, Editions Bouchène, (ISBN 978-2-35676-097-5)
  52. Mahfoud Kaddache 2003, p. 427.

Sources

  • Michel Abitbol, Histoire du Maroc, EDI8, , 631 p. (ISBN 978-2-262-03816-8, lire en ligne)
  • Jillali El Adnani, La Tijâniyya, 1781-1881 : les origines d'une confrérie religieuse au Maghreb, Marsam Editions, , 247 p. (ISBN 978-9954-21-084-0, lire en ligne), p. 41
  • Rachid Bellil, Les oasis du Gourara (Sahara algérien), Peeters Publishers, (ISBN 978-90-429-0721-8, lire en ligne)
  • Rachid Bellil, Les Oasis Du Gourara (Sahara Algerien) II. Fondation Des Ksour Ms17, Peeters, , 276 p. (ISBN 978-90-429-0924-3, lire en ligne)
  • Pierre Boyer, « Contribution à l'étude de la politique religieuse des Turcs dans la Régence d'Alger (XVIe – XIXe siècles) », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, vol. 1,‎ (DOI 10.3406/remmm.1966.910, lire en ligne, consulté le )
  • Tayeb Chenntouf, UNESCO, « La dynamique de la frontière au Maghreb. », Des frontières en Afrique du XIIe au XXe siècle (Histoire et Perception),‎ (lire en ligne)
  • Chems-Eddine Chitour, Algérie : le passé revisité : une brève histoire de l'Algérie, Casbah Editions, (lire en ligne)
  • Laurent-Charles Féraud, Histoire Des Villes de la Province de Constantine : Sétif, Bordj-Bou-Arreridj, Msila, Boussaâda, vol. 5, Constantine, Arnolet, (réimpr. 2011), 456 p. (ISBN 978-2-296-54115-3, lire en ligne), p. 219
  • Mouloud Gaïd, L'Algérie sous les Turcs, Maison tunisienne de l'édition, (lire en ligne)
  • Mahfoud Kaddache, L'Algérie des Algériens : de la Préhistoire à 1954, Paris, Paris-Méditerranée, , 785 p. (ISBN 2-84272-166-7)
  • Guy Turbet-Delof, La presse périodique française et l'Afrique barbaresque au XVIIe siècle (1611-1715)., Librairie Droz, , 189 p. (ISBN 978-2-600-03532-3, lire en ligne), p. 163
  • Encyclopédie berbère, Aix-en-Provence, Éditions Peeters, (ISBN 2-7449-0538-0, lire en ligne), « Kalaa des Beni Abbès », p. 4112
  • Auguste Cour, L'établissement des dynasties des Chérifs au Maroc et leur rivalité avec les Turcs de la Régence d'Alger : 1509-1830, Editions Bouchène, , 188 p. (ISBN 978-2-912946-78-2, lire en ligne)
  • A. Cour, « L'établissement des dynasties des Chérifs au Maroc et leur rivalité avec les Turcs de la Régence d'Alger ; 1509 – 1830 », Creative Media Partners LLC, 2018
  • J. M. Abun-Nasr, « A History of the Maghrib in the Islamic Period » (lien), Cambridge University Press, 1987 (ISBN 9780521337670)
  • P. Boyer, « Contribution à l'étude de la politique religieuse des Turcs dans la régence d'Alger (XVIe – XIXe siècles) » (lien), dans: Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, vol.1, 1966, p. 11-49
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  • C. R. Pennell, « Morocco: From Empire to Independence » (lien), Oneworld Publications, 2013
  • D. E. Pitcher, « An Historical Geography of the Ottoman Empire: From Earliest Times to the End of the Sixteenth Century » (lien), Brill Archive, 1972
  • R. Le Tourneau, « Histoire de la dynastie sa'dide. Extrait de al-Turguman al-mu'rib 'an duwal al-Masriq wal Magrib d'Abû al Qâsim ben Ahmad ben 'Ali ben Ibrahim al-Zayyânî. Texte, traduction et notes présentés par L.Mougin et H. Hamburger » (lien), dans: Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, vol.23, 1977, p. 7-109
  • C. de la Veronne, « Relations entre le Maroc et la Turquie dans la seconde moitié du XVIe siècle et le début du XVIIe siècle (1554-1616) » (lien), dans: Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, vol.15, 1973, p. 391-401

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