Avant 1868, la rue d'Argentine s’appelait « rue Neuve-de-la-Pelouse » ; elle fut créée sur une partie du promenoir de Chaillot, appelé alors « pelouse de l'Étoile ». C'était une courte voie (de 80 m) dépendant de l'ancienne commune de Passy qui fut classée dans la voirie parisienne par décret du .
De 1868 au , elle s’appela « rue d'Obligado » comme la station de métro Argentine également nommée « Obligado » durant cette période. La station de métro est située presque en face du débouché de la rue, de l'autre côté de l'avenue de la Grande-Armée, au bord de la place Yvon-et-Claire-Morandat.
Ce nom d'Obligado fut attribué en mémoire de la victoire à Vuelta de Obligado d'une flotte franco-anglaise contre les Argentins en 1845. L’intention était d'obliger la « libre navigation » du Río de la Plata et de ses affluents (río Paraná et río Uruguay) et de transformer Montevideo en une base commerciale pour les deux puissances. Ce fut une victoire à la Pyrrhus, car les Argentins ayant barré le fleuve, les flottes furent obligées de faire demi-tour[2].
La rue et la station ont changé de nom le pour celui d’« Argentine », à la suite d'une visite en 1947, d'Eva Perón, épouse du président argentin de l'époque.
La France comptait ainsi faire disparaître ces mauvais souvenirs et remercier l'Argentine de l’aide alimentaire généreuse apportée pendant les premiers temps de la reconstruction de l’après-guerre[3]. L'Argentine a beaucoup apprécié ce geste marquant l'union entre les deux pays et a apposé une plaque commémorative sur la façade du no 1 de la rue.
No 1 : Prokofiev et son épouse enceinte louèrent un appartement à partir de 1928 (c'est aujourd'hui un hôtel)[4]. C'est aussi dans ce même immeuble, en 1933, que l'escroc Alexandre Stavisky disposait d'un appartement dans lequel se réfugia son épouse Arlette avec leurs deux enfants, lorsque le scandale fut découvert et que les poursuites débutèrent[5].
No 13 : magasins Au Petit Matelot, au coin du 27, avenue de la Grande-Armée, qui existent à cet endroit depuis 1906. Ces magasins furent fondés en 1790 sur le quai d’Anjou (île Saint-Louis) d’où ils furent expropriés en 1932[6]. Balzac y fait référence dans son Petit dictionnaire critique et anecdotique des enseignes de Paris en 1826.
No ? : en 1920, Félix Youssoupov, un prince russe au prédicat d’altesse sérénissime et son épouse Irina (née Romanoff), s’établissent à Paris où ils créent en 1924 la maison de haute coutureIRFÉ. Cette maison fut installée au début, très modestement, dans un petit atelier loué de la rue Obligado, avant qu'elle ne soit transférée rue Duphot dans le 1er arrondissement de Paris.
Notes et références
↑MM. Alphand, A. Deville et Hochereau, Recueil des lettres patentes, ordonnances royales, décrets et arrêtés préfectoraux concernant les voies publiques.
↑(en) Sergey Prokofiev, Selected Letters of Sergei Prokofiev (ISBN1555533477, books.google.fr/), p. 80. Lettre datée du , 1, rue Obligado, Paris XVIe.
↑Édouard Leduc, Une affaire d’État : le dossier Stavisky, Paris, Publibooks, , 141 p. (books.google.fr/), p. 52 et 60.
↑Il s'agit probablement du plus vieux commerce de Paris ayant conservé son activité depuis 1790 et le précurseur du commerce moderne, bien avant les grands magasins du boulevard Haussmann ou Le Bon Marché.