La province de Formosa est une province de l'Argentine, située au nord-est du pays. Elle est bordée à l'ouest par la province de Salta, au sud par celle de Chaco et à l'est comme au nord par le Paraguay. Sa capitale est Formosa.
Elle s'étend entre les parallèles 22° et 27° de latitude sud et les méridiens 57° et 63° de longitude ouest. Elle est traversée dans sa partie nord par le Tropique du Capricorne, ce qui la situe dans la région subtropicale du pays.
Histoire
Les peuples originels de ces régions comprenaient les Pilagás, les Wichís et les Tobas, dont les langues sont encore parlées dans la province.
À part la rive du Paraná, le territoire resta longtemps hors de toute domination espagnole. Au XIXe siècle, il fut revendiqué par la Bolivie, le Paraguay et l'Argentine.
La Bolivie renonça à ses prétentions sur le chaco central (qui sur ses cartes était connu sous le nom de Llanos del Manzo ou de Llanuras del Manso), en 1829, et ce en faveur de l'Argentine.
En 1865 l'Argentine signa le Traité de la Triple Alliance avec le Brésil et l'Uruguay, traité dirigé contre le Paraguay. Il y était écrit que l'actuelle province de Formosa et une vaste étendue du Chaco au nord de celle-ci (jusque Bahía Negra) devraient rester en territoire argentin, une fois la guerre, dite guerre de la Triple Alliance, terminée. Après sa défaite, en 1870, le Paraguay abandonna ses prétentions territoriales au sud du río Pilcomayo et en 1872 l'Argentine fit de même concernant les territoires au nord de cette rivière (c'est-à-dire qu'elle abandonnait ses prétentions sur le Chaco Boréal).
Il avait donc fallu attendre la fin du XIXe siècle, pour que la population de la province commence à s'accroître.
En octobre 1947 près de Las Lomitas se produisit hélas un massacre horrible aux relents génocidaires. La gendarmerie attaqua avec des armes à feu un groupe d'aborigènes Pilagás qui s'étaient enfuis d'une exploitation sucrière qui les avaient réduits en esclavage (Masacre de Rincón Bomba).
En 1914, la province de Formosa comptait moins de 20 000 habitants, mais en 1955, lorsqu'elle acquit le statut de province par un décret de Juan Perón, il y en avait déjà plus de 150 000.
Géographie
La province de Formosa se trouve dans une zone géographique appelée la région du Chaco. Elle a une structure de relief très uniforme avec une légère inclinaison du nord-ouest vers le sud-est. Géographiquement, la province est composée de deux écorégions de superficie assez comparable, le Chaco humide à l'est et le Chaco sec à l'ouest.
Du sud vers le nord, le long du río Paraguay, la province est parcourue par la portion la plus septentrionale de la route nationale 11. Celle-ci relie la province avec les grandes villes du sud, Rosario et Buenos Aires, le long du Paraná.
L'autre axe majeur est la route nationale 81. Celleci, partant de Formosa, va d'est en ouest jusqu'en province de Salta et relie donc les rives du Paraguay avec le nord-ouest andin du pays, ainsi qu'avec la Bolivie, le nord du Chili et le Pérou. Cette route fait partie de l'Axe du Capricorne, défini par l'IIRSA comme un des trois grands axes d'intégration sud-américains transcontinentaux qui traversent l'Argentine d'est en ouest[1].
Plus au nord et parallèlement à la RN 81, le long de la frontière avec le Paraguay, on a construit la
route nationale 86. Celle-ci, quittant la RN 11 au niveau de Clorinda, passe aux abords du parc national Río Pilcomayo, dont l'entrée se trouve dans la localité de Laguna Naick Neck, à 15 km au sud-est de la ville de Laguna Blanca.
La ville de Formosa possède aussi un port fluvial sur le río Paraguay, d'où partent quotidiennement des embarcations de faible tonnage vers la localité paraguayenne voisine de Villa Alberdi. Le trafic est intense entre ces deux cités et donc les deux rives du río Paraguay.
L'inclinaison normale du terrain détermine le cours des ríos Pilcomayo, Bermejo ou Teuco, et autres cours d'eau qui courent parallèlement à ceux-ci. Le río Pilcomayo reçoit les eaux provenant de la fonte des neiges des sommets de Bolivie, et son lit est très changeant. Le río Bermejo nait au nord-ouest de l'Argentine. Les deux rivières sont tributaires du río Paraguay.
Climat
Le climat est subtropical avec des pluies durant toute l'année à l'est, tandis que le reste du territoire a une saison sèche en hiver. Le climat s'assèche progressivement d'est en ouest, avec la diminution des précipitations.
D'après l'INDEC (Institut argentin des statistiques et des recensements), en 2010, la population se montait à 527 895 habitants[4].
La croissance démographique a été très importante tout au long du XXe siècle. En 1895, il y avait moins de cinq mille habitants qui peuplaient ce territoire de taille équivalente à celle du Benelux. Il est vrai que les Indios Bravos (Indiens non soumis) n'étaient pas inclus dans ce maigre chiffre, mais ces derniers, décimés par les récentes opérations militaires pour sécuriser la région n'étaient plus que quelques centaines.
Plus récemment, on remarque que la population de la province a presque doublé depuis la fin des années 1970, et a affiché ainsi un rythme d'accroissement toujours nettement supérieur à la moyenne du pays. Le rythme de croissance a cependant très nettement décru depuis 2001.
La natalité élevée observée dans la province (12 976 naissances en 2000, et 13 535 en 2004, soit un taux de 26,5 pour mille le plus élevé du pays avec celui de la province de Misiones) laisse entrevoir cependant une importante croissance démographique dans les prochaines décennies.
Cependant à la suite du recensement argentin de 2010, on remarque un net ralentissement de la croissance de la province par rapport aux décennies précédentes. Il s'agit d'un effet de la grande crise argentine du début du siècle qui a tari l'immigration. L'INDEC a fait dès lors de nouvelles estimations prévisionnelles jusqu'en 2040. Il est prévu que le chiffre de la population de la province se montera alors à 668 865 habitants, soit une augmentation de seulement 27% par rapport à 2010[5]. La croissance démographique de la province est donc appelée à ralentir nettement les prochaines décennies. La raison en est avant tout la trop grosse dépendance vis-à-vis du secteur agricole à faible valeur ajoutée et le manque de développement d'activités modernes. En plus, c'est dans la province voisine du Chaco que doit passer le grand axe continental "Brésil-Pacifique-Chine". Enfin la ville de Formosa vit dans l'ombre de sa grande voisine Resistencia, et la province de Formosa ne bénéficie guère d'une infrastructure touristique suffisante, créatrice d'emplois.
Résumé de l'évolution du chiffre de la population, selon les prévisions de l'INDEC, concernant les prochaines décennies jusque 2040 :
2001
2010
2020
2030
2040
Province de Formosa
489.663
527.895
605.193
646.119
668.865
Total Argentine
36.260.130
40.091.359
45.376.763
49.407.265
52.778.477
Les amérindiens
Les Pilagás habitent au centre de la province de Formosa. Ils étaient plus ou moins 4 500 en 2004-2005 [6]. Ils furent appelés Frentones par les Espagnols, à cause de l'habitude qu'ils avaient de se raser la partie antérieure (frontale) du crâne. Ils furent victimes d'un abominable massacre en 1947, mis au jour en 2004.
Les Wichís étaient au nombre de 14 472 personnes dans le Formosa, lors du recensement de 2010 (sur un total de 50 419 pour toute l'Argentine).
Les Tobas étaient en 2005, au nombre de plus de 69 000[7]. Ils se donnent à eux-mêmes le nom de Qom-lik. Ils furent contraints au XIXe siècle de se réfugier dans les forêts denses de la région de l'impenetrable, à l'ouest de la province.
Un traité interprovincial de création de la Región Norte Grande Argentino (Région Grand nord argentin), a été signé dans la ville de Salta, le , entre les provinces de Catamarca, Corrientes, Chaco, Formosa, Jujuy, Misiones, Tucumán, Salta et Santiago del Estero.
L'objet primordial de ce traité est la création de la Región Norte Grande et la concrétisation de l'intégration des provinces du Nord-Ouest Argentin (NOA) et du Nord-Est Argentin (NEA), afin d'atteindre dans la réalité un système effectif de consensus et d'action conjointe entre les états signataires.
Le Conseil Régional du Norte Grande est l'organisme suprême de gouvernement régional, composé de l'Assemblée des Gouverneurs, de la Junte Exécutive et du Comité Coordinateur. Ce dernier est constitué par un représentant du NOA et un autre du NEA, les deux étant de plus membres de la Junte Exécutive.
La Commission Exécutive Interministérielle d'Intégration Régionale coordonne le processus d'intégration à partir des directives des organes supérieurs déjà mentionnés.
Aires naturelles protégées
La province de Formosa possède plusieurs aires protégées. Les principales sont :
Dans la Réserve naturelle Formosa, c'est-à-dire dans le Chaco sec à l'ouest de la province) cette flore particulière est aussi très diversifiée. On y trouve d'intéressantes forêts de palo santo rescapée du grand saccage des deux derniers siècles (Bulnesia sarmientoi). Son bois est très apprécié en ébénisterie. Dans les sous-bois de ces formations, les cactacées abondent tels l'ucle (Cereus validus) et le cardón (Stetsonia coryne), qui constituent une des ressources alimentaires des plus importantes de l'etnie wichí. Les zones inondables, hébergent des bois de saule de Humboldt ou sauce criollo (Salix humboldtiana) et de palo bobo ou aliso de río (Tessaria integrifolia).
À la suite des longues périodes sans précipitations, bien des cours d'eau se retrouvent à sec. Certains poissons possèdent des adaptations qui leur permet de survivre dans ces conditions, comme le tamboatá ou cascarudo (Callichthys callichthys), et l'atipa ou tamuata (Hoplosternum littorale). Ils arrivent à absorber l'oxygène atmosphérique et de changer de mare ou de cours d'eau en impulsant leurs nageoires pectorales.
L'anguille créole du Paraná (ou Synbranchus marmoratus ou pirá mboí) est un poisson typique qui n'a rien à voir avec ses consœurs européennes ou nord-américaines.
Les poissons chats des genres Pimelodus et Rhamdia sont nombreux dans cours d'eau de la province, tous poissons de la famille des pimelodidae. Il y en a pas moins de 20 espèces. L'une d'entre elles, le Patí ou Luciopimelodus pati est fréquente. La majorité à l'exception notable du Patí, ont les nageoires dorsales et pectorales pourvues d'épines pointues et venimeuses. Leur chair est délicieuse.
Il en est de même pour deux autres espèces de poisson chat de très grande taille et très recherchés : le surubi tigré ou Pseudoplatystoma corruscans et le manguruyú ou zungaro zungaro. Tous deux sont renommés. Le manguruyú peut peser plus de 120 kilos. Avec l'Arapaima gigas de l'Amazonie, ils forment un couple de poissons géants des eaux douces d'Amérique du Sud. Un adulte peut atteindre une longueur de 1,7 mètre et atteindre un poids de plus de 100 kilogrammes. De très grande force, il est capable de renverser un bateau de pêcheur, s'il se sent attaqué[16].
Les raies de rivières appartiennent au genre Paratrygon ou Potamotrygon des dasyatidés. Il en existe 4 espèces. Elles sont pourvues d'épines toxiques sur le dos de la queue, qui provoquent dans les cas bénins des ulcères rebelles de la peau. On y trouve notamment le chucho de río (Potamotrygon motoro), dont Jeremy Wade, célèbre pêcheur vedette de la série River Monsters a témoigné - images à l'appui - de la dangerosité extrême et du gigantisme : pas moins de 135 cm et 115 kilos (pour un spécimen hors normes il est vrai). La queue de ce poisson, redoutable dard à multiples dents très pointues, est vénimeuse et a déjà tué des baigneurs malchanceux. Sa blessure cause des douleurs atroces, nécrose, gangrène puis arrêt cardiaque et mort. Le dard traversant une artère peut aussi causer des hémorragies fatales. Les riverains des cours d'eau en ont peur, et font tout pour l'éviter.
Nombreux sont aussi les piranhas ou pirañas, des espèces serrasalmus aureus et serrasalmus marginatus (appelés localement palometas). Autre espèce de piraña que l'on trouve : le Pygocentrus nattereri, dangereux et attaquant l'homme en période de saison sèche.
Économie
Traditionnellement l'agriculture a un grand rôle dans cette province.
Exploitation forestière: l'utilisation des bois a eu un grand développement depuis le début du XXe siècle. La production de tannin a été fort élevée. Actuellement on utilise les espèces natives (algarrobo). On exporte des meubles et des parties de meubles, du bois et du charbon végétal. Cette activité a baissé dans les années 1990.
Élevage: représenté par plus d'un million de bovins, spécialement des croisements de races britanniques (Aberdeen Angus, Shorthorn et Heresford) et zébu (Brahman et Nelore). On élève aussi des caprins et des buffles.
Mines: l'exploitation de pétrole a débuté en 1984 mais en quantité réduite.
Industrie: à souligner la production de tanin, pour fabriquer des adhésifs, des additifs et des produits pour le traitement des peaux. Notons l'importance du secteur textile (coton, production de cuirs et de peaux).
Tourisme
Il y a très peu de vieilles pierres dans la province, aussi mis à part le tourisme d'aventures, la province se centre sur le tourisme écologique, sportif (sports nautiques) et aussi gastronomique (les poissons).
Un détour qu'il faut faire : le Parque Nacional Río Pilcomayo, avec une intéressante vie animale sylvestre et aquatique (y compris caïmans et anacondas).
La Laguna Blanca, avec des caïmans (ou yacarés) et une grande richesse en oiseaux.
L'Estancia Guaycolec (es), destinée à la protection de la faune locale et particulièrement des oiseaux.
La Reserva natural Formosa (es). Située sur la rive nord du río Bermejo, la réserve fait partie de l'écorégion du Chaco sec, avec sa flore particulière et très diversifiée.
Pirané et sa région de Chaco humide. La zone, riche en étangs, ruisseaux, marais, possède une flore et une faune extrêmement riche.
↑Klavins, J., et al. (2012). Trampa-cámara descubre el primer Aguilucho Alas Anchas Buteo platypterus en el Chaco argentino. Cotinga 34:57-59.
↑Ramírez-Llorens, P., & Bellocq, M. I. (2007). New records clarify the southern distribution of the Spectacled Owl (Pulsatrix perspicillata). Journal of Raptor Research, 41(4), 268-276.
↑Di Giacomo, A. G., A. S. Di Giacomo, and J. C. Reboreda (2011). Effects of grassland burning on reproductive success of globally threatened Strange-tailed Tyrants Alectrurus risora. Bird Conservation International 21:411-422.
↑Ramírez-Llorens, P., White, E. E., & Rotundo, M. (2003). Sobre algunas aves de la Estancia Guaycolec, provincia de Formosa, Argentina. Nuestras Aves, 46, 36-40.
↑White, E. E. (2001). Estancia Guaycolec como un área importante para la onservación de Crax f. fasciolata y Penelope o. obscura en el Chaco húmedo de Formosa. Argentina. Bol. CSG, 13, 14-18.
↑Fernández-Duque, F., Huck, M., Dávalos, V., & Fernández-Duque, E. (2013). Estudio preliminar sobre la ecología, el comportamiento y la demografía del Muitú (Crax fasciolata) en la selva en galería del riacho Pilagá, Formosa, Argentina. El hornero, 28(2), 65-74.
↑White, E. (2001). El Muitú (Crax fasciolata) como emblema de una actividad de ecoturismo en el Norte Argentino. Cracid Specialist Group Bulletin 12:7-13.