Pierre Dor

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Pierre Dor
Pierre Dor
Nom de naissance Pierre Dor
Alias
Le Christ ressuscité
Naissance
Mons-lez-Liège Drapeau de la Belgique Belgique
Décès (à 84 ans)
Uccle Drapeau de la Belgique Belgique
Nationalité belge
Pays de résidence Belgique
Profession
Théologien et thaumaturge

Pierre Dor (ou le père Dor ou le Christ ressuscité), né à Mons-Crotteux le et mort à Uccle le , est un ouvrier, épicier, théologien et thaumaturge belge. Il est le créateur d'un culte nommé Dorisme qui s'est implanté dans la région de Charleroi au début du XXe siècle.

Biographie

Pierre Dor, né à Mons-Crotteux, Uccle, est le fils de Pierre Joseph Napoléon Dor et de Marie Josèphe Antoine (sœur de Louis Antoine), tous deux nés en 1838. Il est le neveu d'Antoine créateur d'un culte nommé antoinisme. Dor épouse d'abord Elisabeth Marie Box (Liège, - Jemeppe-sur-Meuse, ) puis, le , Josèphe Monet (née en 1875), avec qui il a un fils, Louis Léon (né à Jemeppe-sur-Meuse, le )[1],[2].

Pierre Dor travaille d’abord comme ouvrier puis épicier et restaurateur dans la commune de Jemeppe-sur-Meuse[3]. Parallèlement, Pierre Dor s'initie dès 1884, par l'intermédiaire de Gustave Gony, au spiritisme en fréquentant des réunions spirites à Tilleur[4] en compagnie de son oncle Louis Antoine, fondateur du culte antoiniste et de sa femme[5]. Dor participe ensuite au groupe spirite créé par son oncle, « Les Vignerons du Seigneur ».

Prospère dans ses affaires, Dor est propriétaire de plusieurs maisons en 1906. Bientôt, Dor décide de quitter son oncle, croyant lui-même posséder des dons de guérison. Il revend ses biens et part avec sa famille, d’abord à Grivegnée, puis en Russie où il travaille comme ouvrier pour un industriel liégeois et guérisseur[3]. Là-bas, il finit par recevoir environ 7 000 personnes venus pour se faire soigner par semaine[6]. Des plaintes de médecins le contraignent à revenir en Belgique. Il fait alors construire à Roux-Wilbeauroux une salle baptisée « L'École morale », qu'il appelle aussi le « Temple de la Vertu »[7], où il guérit les malades et dispense à peu près les mêmes enseignements que ceux de son oncle[8]. Ancien terrassier de profession, Dor est alors souvent perçu par la presse comme étant le successeur d'Antoine et son groupe ouvre des succursales à Gilly, Chapelle-lez-Herlaimont, Marchiennes, Souvret, Lavaqueresse, entre autres[9].

Identifiant Antoine à Jean le Baptiste et lui-même à Jésus-Christ, Dor explique ses théories dans les livres Catéchisme de la restauration de l'âme et Le Christ parle à nouveau, publiés en 1912 et 1913, et souvent considérés comme des plagiats des écrits d'Antoine[10] ainsi que des écrits de Kardec et d'autres théosophes[11]. En 1916, son livre est vendu au prix de 2,50 francs, avec un tirage de 10 000 exemplaires, la moitié d'entre eux ayant alors été achetés[12]. Un journal mensuel, Le Messager de l'Amour-Dieu, paraît également, lequel contient un mélange de tolstoïsme et de spiritisme, les citations des Évangiles disparaissant au fil du temps au profit d'une doctrine rationaliste car Dor affirme qu'un Dieu créateur n'existe pas mais que celui-ci est une simple entité morale[13]. Dor encourage une diète de légumes cuits dans l'eau et la chasteté avant le mariage[8], recommande de ne pas voter et affirme guérir même les animaux[14].

Jusqu’en 1914, le culte doriste progresse dans la population carolorégienne[3]. Des plaintes sont cependant déposées contre lui. Selon la presse, Dor fait payer ses consultations, contrairement à Antoine, et dépense ensuite l'argent reçu avec des prostituées[15]. Accusé d'attouchements, il se défend en affirmant que de nombreuses femmes étaient amoureuses de lui et l'avaient faussement accusé d'attentat à la pudeur parce qu'il avait refusé leurs avances[12]. Il lui est aussi reproché d'avoir capté l'héritage, notamment une maison, d'une certaine Mme Délisée, qui avait par ailleurs payé elle-même l'installation du chauffage dans le temple[16],[17]; Dor affirme avoir restitué la demeure à sa propriétaire et, pour prouver son désintéressement, dit avoir vendu son bien immobilier de Roux pour 16 800 francs afin de verser une partie de la somme à l'École des estropiés de Charleroi[18]. Le parquet de Charleroi diligente aussi une enquête sur la mort d'une jeune fille imputée à la doctrine doriste[19].

En , le procès de Pierre Dor qui aura un grand retentissement dans la région de Charleroi débute devant le tribunal correctionnel de Charleroi[12]. Plus d'une centaine de témoins y sont entendus. Mahause, substitut du Procureur du Roi, reproche notamment à Dor de prescrire uniquement de l'eau non bouillie et sucrée aux nouveau-nés, ce qui serait préjudiciable à leur santé[20]. Il est finalement condamné à 16 mois de prison, 800 francs d'amende et 17 000 francs à verser à une victime[21]. Après le procès, l'opposition est telle que la police doit intervenir pour contenir les opposants lors des séances de consultation des malades, lesquels viennent voir Dor en faisant la queue munis d'un ticket numéroté définissant l'ordre de passage[22].

En , il comparaît en appel devant la huitième chambre de la Cour d'appel de Bruxelles, présidée par Eeckman avec Smits et Dassesse comme conseillers, le ministère public étant représenté par Simons ; Dor est défendu, comme en première instance, par ses avocats Louis Morichar et Lucien Lebeau — ce dernier tentant d'établir des comparaisons entre la doctrine doriste et le bouddhisme afin d'en démontrer le sérieux[23] —, et les plaignants par Bonehill et Gérard[21]. Il est cette fois-ci condamné à 100 florins d'amende pour pratique illégale de l'art de la guérison et 500 francs de dommages-intérêts envers la Société de médecine de l'arrondissement de Charleroi, mais est relaxé des accusations d'escroqueries[24]. Après sa condamnation, Dor déménage à Uccle et son mouvement disparaît peu après sa mort[8]. Tout comme l'antoinisme, le dorisme a été fortement critiqué par certains membres du clergé catholique[25].

Après sa condamnation, Dor déménage à Uccle.

Il décède le dans l'anonymat et est enterré au cimetière d'Uccle.

Le Dorisme, culte créé par Pierre Dor disparaît peu après sa mort[8]. Tout comme l'antoinisme, le dorisme était critiqué par certains membres du clergé catholique[25].

Notes et références

  1. « Louis Léon Dor », Paris, Geneanet (consulté le ).
  2. « Pierre-Joseph Dor », Paris, Geneanet (consulté le ).
  3. a b et c « Parmi des milliers d'affaires jugées à Charleroi... Pierre Dor ou le Christ de Roux », Charleroi archives, no 12,‎ (lire en ligne)
  4. Giltay, 2011, p. 6.
  5. Debouxhtay 1934, p. 54-55.
  6. Dericquebourg et 1993 31.
  7. Alex Will, « Comptes du lundi », L'Égalité de Roubaix-Tourcoing, Roubaix,‎ .
  8. a b c et d Cecius, 2007.
  9. « Un nouveau faiseur de miracle. Le « Père Dor », successeur d'Antoine le Guérisseur », L'égalité de Roubaix-Tourcoing, Roubaix,‎ .
  10. Debouxhtay 1945, p. 15.
  11. « Les plagiats du Père Dor », La Belgique, Belgique,‎ .
  12. a b et c Pierre Grimberghs, « Chez le « Christ ». Le Père Dor, Messie du XXe siècle », La Belgique, Belgique,‎ .
  13. « Tribune libre. Le prophète du pays noir », Le Bruxellois, Belgique,‎ .
  14. « Les propos du lanternier », La Lanterne, Belgique,‎ .
  15. (de) « Das ende vom lied. Ruhmloser abschluß des ,,Antoinismus“ in Belgien. », Freie Presse für Texas, Allemagne, Texas Free Press Company,‎ , p. 3.
  16. « Au pays wallon », L'Écho, Bruxelles, Mediafin,‎ .
  17. « Palais de justice. Cour d'appel de Bruxelles. Le procès Dor », Le Bruxellois, Belgique,‎ .
  18. « À Charleroi », L'Écho, Bruxelles, Mediafin,‎ .
  19. (nl) « Een slachtoffer van Père Dor ? », Het Vlaamsche Nieuws,‎ .
  20. « Palais de Justice. Tribunal correctionnel de Charleroi », Le Bruxellois, Belgique,‎ .
  21. a et b « ? », La Métropole d'Anvers, Londres,‎ .
  22. « Nouvelles de province : La rentrée du Père Dor à Roux », L'Écho de la presse internationale, Bruxelles,‎ .
  23. Pierre Grimberghs, « Au Palais. Tribunal correctionnel de Charleroi. Le procès du Christ. Audience de Vendredi », La Belgique, Belgique,‎ .
  24. « ? », L'Écho, Bruxelles, Mediafin,‎ .
  25. a et b Abbé Brabant, L'antoinisme ou la religion bizarre d'un faux prophète, Louvain, Éditions Rex, , Appendice : Le Dorisme.

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

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