Elle a huit ans quand ses parents se séparent, et vit dès lors chez son père remarié. Très affectée, elle devient une adolescente fugueuse qui s'adonne à la rime et qui rêve de faire carrière au théâtre[3]. Elle s'inscrit au cours d'art dramatique de Roger Clairval mais sous un pseudonyme afin de ne pas contrarier ses parents : ce sera Christine « Sèvres » car elle habite à l'époque en face de la station de métro Sèvres-Babylone[3],[4].
Pour gagner sa vie et, à partir de 1953 pour élever sa fille, Véronique Estel, née d'une union sans lendemain, Christine Sèvres est successivement vendeuse, mannequin, entraîneuse de cabaret, serveuse, portraitiste aux terrasses des cafés de Saint-Germain-des-Prés, dessinatrice industrielle, secrétaire d'écrivains, puis employée de bureau pendant plus de deux ans[3],[4]. Finalement, la petite Véronique est placée en nourrice, elle y restera neuf années[2].
Faute de pouvoir percer au théâtre, elle décide, au milieu des années 1950, de tout laisser tomber — emploi, proche entourage — et de se tourner vers la chanson. Au club Plein Vent où elle lit des poèmes, elle rencontre Jean-Pierre Suc, animateur du cabaret Le Cheval d’Or, qui l'engage, en décembre 1956, pour des tours de chant[2],[3].
Elle épouse Jean Ferrat, en 1961[5], après trois ans de vie commune d'abord rue des Pyrénées, dans la famille de Jean, puis à Ivry-sur-Seine, dans leur premier « chez soi »[3]. Jean Ferrat considère comme sa fille l'enfant qu'elle a eu en 1953 de son premier mariage[6],[7].
La chanteuse
En 1959, elle enregistre trois chansons : La Marche prénuptiale, L'Auréole et Le Clown de Giani Esposito[3]. Elles paraissent en janvier 1960, sur un disque collectif 33 tours 25 cm : Paris, rive gauche[8]. Elle reçoit à cette occasion le grand prix du music-hall[2].
En , elle accompagne Jean Ferrat à Cuba pour un séjour de plusieurs semaines. Celui-ci y donne une dizaine de galas[3]. Le couple revient, enthousiaste, de l'île révolutionnaire (ils sont, l'un et l'autre, sympathisants du parti communiste français sans en être adhérents[2]).
En , elle repart en tournée avec Georges Brassens.
Son premier album 30 cm, Oscar et Irma, sort chez CBS le . Il contient la chanson d'amour, Tu es venu, que Jean Ferrat a écrite et composée pour elle, ainsi qu'une reprise de Brigitte Fontaine. L'album passe inaperçu, derrière les évènements du mois, qui occupent toute l'actualité. C'est une profonde déception pour la chanteuse, déjà rendue amère par l'inégal succès de sa carrière et de celle de son époux[2].
En janvier 1969, avec Jean Ferrat, elle enregistre un duo qui débute par un dialogue chanté (leur seul duo) : La Matinée (paroles d’Henri Gougaud, musique de Jean Ferrat), chanson qui célèbre l'engagement. Il sera sur le nouvel album de Ferrat, qui sort en mars de la même année. Du 7 février au , elle passe en vedette américaine de Serge Reggiani à Bobino.
Son second album sort le , toujours chez CBS, qui comprend trois autres reprises de Brigitte Fontaine. Il est suivi de deux 45 tours extraits de l'album.
Si, par son exigence en matière de textes et la finesse de sa voix, Christine Sèvres impressionne des professionnels comme Ferrat et Brassens, par contre elle ne suscite pas l'enthousiasme du grand public. Alors que la carrière de son mari s'envole, la sienne plafonne puis décline tout au long des années 1960. Elle passe une dernière fois à L'Écluse, puis abandonne la chanson en 1972[4].
Les années ardéchoises
En 1974, Christine Sèvres et Jean Ferrat décident de se retirer dans la résidence que le couple possède depuis 1964 dans la commune d’Antraigues-sur-Volane (près de Vals-les-Bains) en Ardèche. Véronique, maintenant majeure, les suit à Antraigues (et finit par s'installer plus au sud, à Aubenas)[9].
Christine Sèvres se consacre désormais à la peinture. À l'été 1975, elle expose ses toiles, en compagnie d’autres artistes, à Antraigues. Elle revient brièvement à Paris en 1980 pour réenregistrer La Matinée avec son mari. Sa belle voix est restée intacte.
Maladie et mort
Jean et Christine, couple libre[10], s'éloignent mais continuent de partager la propriété d'Antraigues. Jean vit en couple avec Colette Laffont, professeure d'éducation physique et sportive rencontrée en 1971, tout en continuant de s'occuper de Christine, gravement malade[11].
Conduite à Marseille pour y recevoir des soins médicaux, celle-ci meurt d'un cancer le à l'âge de 50 ans. Elle est enterrée au cimetière d'Antraigues-sur-Volane.
Postérité
Le , 40 ans après sa disparition, la salle des fêtes d'Antraygues-sur-Volane devient « espace culturel Christine Sèvres »[12].
↑Biographie de Christine Sèvres. Sources invoquées : Je chante ! no 16, hiver 1994/1995; Paroles et musique no 23, octobre 1982, repris dans : Putain de Chanson, Fred Hidalgo, Éditions du Petit Véhicule, 1991.