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La tour du télégraphe Chappe d'Habloville était une station de télégraphe optique située à Habloville, département de l'Orne, en France. Construite au XIXe siècle, elle fait partie de la ligne Paris-Brest jusqu’à sa mise hors service dans années 1850. Il ne reste que comme vestiges, la tour ayant été détruite vers 1907, que l'ancienne maison du directeur du télégraphe[1], désormais au lieu-dit le Télégraphe.
La tour était située à Habloville. Établie vers 1798, la station occupait un emplacement connu sur une lande ou bruyère appelée les Genièvres[2], à proximité du château du Jardin sur la commune de Giel-Courteilles[3]. Elle joua un rôle important dans la transmission rapide des dépêches entre la capitale et l'ouest du pays avant l'arrivée du télégraphe électrique au milieu du XIXe siècle.
En 1798, Claude Chappe entreprit l'extension de son réseau de télégraphie aérienne vers l'ouest de la France. Il choisit personnellement l'emplacement de chaque station afin de garantir une visibilité optimale entre les relais[3]. Claude Chappe considérait la Normandie comme une région particulièrement difficile à traverser en raison de son relief et de l'omniprésence des bois et des forêts, qui compliquaient le choix des emplacements et la visibilité entre les stations[4].
La ligne de Paris à Brest ouvre en 1799 et comporte alors 58 stations dont 14 situées dans le département de l'Orne. Le poste d'Habloville occupait une position stratégique sur la ligne de Paris à Brest. La réalisation de la ligne se déroula dans un contexte difficile. Claude Chappe dut faire face à d'importants problèmes financiers et adressa à plusieurs reprises des demandes de crédits aux autorités[3].
Le poste d'Habloville fut au cœur des troubles de la Chouannerie qui agitèrent l'Ouest de la France pendant la Révolution française. Le , des insurgés royalistes commandés par Robert Julien Billard de Veaux, l'un des chefs chouans de la région, s'étaient retranchés dans la basse-cour du château du Jardin après avoir capturé deux importants acquéreurs de biens nationaux afin d'obtenir leur rançon[3].
L'annonce de cet enlèvement provoqua l'envoi de troupes républicaines provenant de Caen, Alençon, Falaise, Argentan et du canton de Bazoches-au-Houlme. Une colonne d'environ 3 000 hommes fut déployée contre les insurgés[3]. Toutefois, croyant faire face à des forces bien plus importantes, les troupes républicaines se replièrent rapidement. Forts de leur succès, les Chouans se dirigèrent vers le télégraphe d'Habloville et y mirent le feu. À cette époque, l'installation se composait d'un bâtiment carré d'environ 4,20 mètres de côté et de 5 mètres de hauteur[3], sans défense extérieure[5]
Lors de ces événements, trois hommes furent exécutés[6] sur place : François Leneveu, receveur de l'enregistrement à Exmes ; Louis Cordier, cultivateur à Joué-du-Plain ; un nommé Houdellière. L'importance pour la Marine de la ligne justifia la présence de 17 gardes en résidence[7]. Les Chouans attaquèrent à nouveau le poste dans la nuit du 12 au où il est à nouveau incendié[7].
À l'origine, la ligne Paris–Brest ne comportait que trois centres de traduction des dépêches : Paris, Saint-Malo et Brest[3]. Vers 1825, une direction télégraphique fut créée à Habloville afin de desservir les départements de l'Orne et du Calvados. Ce centre entretenait des liaisons régulières avec Argentan, Falaise et Caen grâce à un service de courriers[3]. La création de la Direction à Habloville répondait à des impératifs techniques autant qu'administratifs. Située à un point stratégique de la ligne Paris–Brest, elle permettait de scinder le réseau en trois sections avec Saint-Malo et d'assurer la continuité partielle des transmissions en cas d'interruption causée par le brouillard ou les intempéries. L'installation à Habloville divisa la ligne en trois sections d'une longueur sensiblement équivalente, améliorant ainsi l'exploitation du réseau[4].
Cette implantation suscita cependant de nombreuses critiques. L'un des responsables du réseau, Auguste-Jean de Conseil, dénonça l'isolement du site. Selon lui, la direction était située à près de vingt minutes du moindre hameau, au milieu de terrains marécageux souvent inondés pendant une grande partie de l'année[3]. Les communications avec Argentan étaient rendues difficiles par un mauvais chemin, ce qui entraînait fréquemment des retards dans l'acheminement des dépêches[3]. Il estimait que des localités comme Falaise ou surtout Guibray auraient constitué des emplacements plus adaptés, offrant de meilleures communications administratives et davantage de sécurité en cas de troubles[3].
L'ajout en 1832 de la liaison Avranches-Nantes a pour conséquence de priver Saint-Malo et Habloville de leurs directions : elles sont transférées à Avranches et Rennes[8].
Avec le fonctionnement de la station d'Habloville, dans des conditions météorologiques favorables, la transmission d'un signal était extrêmement rapide pour l'époque. Une information pouvait parvenir de Paris à Habloville en environ six minutes, grâce à la succession des relais optiques[3].
Le principal inconvénient du système demeurait sa dépendance aux conditions atmosphériques. Le brouillard, la pluie ou une mauvaise visibilité interrompaient régulièrement la circulation des dépêches. On rapporte d'ailleurs que certains télégraphistes peu zélés profitaient parfois de cette faiblesse du système. Lorsqu'ils souhaitaient interrompre leur service, ils auraient signalé fictivement la présence de brouillard sur une station voisine, suspendant ainsi momentanément les transmissions[3]. Selon un témoignage rapporté par M. Lasnes, maire d'Habloville, les agents affectés au télégraphe ne faisaient pas toujours preuve d'un grand assiduité. Il leur arrivait, dit-on, d'interrompre volontairement les transmissions afin de poursuivre tranquillement une partie de quilles. Pour cela, ils affichaient le signal de service Brumaire indiquant la présence de brouillard ou de brume et rendant théoriquement les signaux invisibles. Cette indication entraînait l'arrêt temporaire des communications sur la ligne. Une fois le signal transmis, les télégraphistes pouvaient alors reprendre sereinement leurs loisirs, laissant croire à une interruption due aux conditions météorologiques[9].
L'apparition du télégraphe électrique au milieu du XIXe siècle entraîna le déclin progressif du télégraphe optique. Malgré l'attachement de certains défenseurs du système Chappe, la supériorité technique des communications électriques finit par s'imposer. Le télégraphe aérien d'Habloville cessa de fonctionner vers 1854. Son équipement fut vendu publiquement à Putanges par le receveur des Domaines le [3]. En 1868, l’abbé Vauloup aidé par Anatole de Caulaincourt, maire de Giel, créa un modeste orphelinat (17 garçons) dans la maison du Télégraphe, qui était abandonnée[10], qui deviendra le lycée Giel-Don-Bosco[10]
La tour subsista encore plusieurs décennies avant d'être démolie vers 1904. Seuls demeurèrent alors les bâtiments annexes qui avaient servi de logement ou de bureaux au directeur et aux employés de la station.
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