Programme PAUSE

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Programme PAUSE

Le programme PAUSE (Programme d’accueil en urgence des scientifiques et des artistes en exil) est un dispositif qui permet, depuis 2016, d'accueillir en France les chercheurs étrangers qui sont en danger dans leur pays, quelles que soient leur origine et leur discipline, et de développer ainsi la recherche dans les laboratoires français. L'État s'en désengage fortement à partir de 2024, puis en exclut les Gazaouis.

Origine

L'alerte sur les scientifiques en situation d'urgence est donnée en , alors que Thierry Mandon est le nouveau ministre de la recherche, après que l'archéologue syrien Khaled Assad a été assassiné par l'État islamique sur le site de Palmyre[1],[2]. Les chercheurs français développaient déjà des stratégies d'accueil ou d'aide au retour en France d'étudiants réfugiés et des mécanismes de solidarité[1], mais n'avaient pas de dispositif comme aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en Allemagne[3]. Le programme français commence à la rentrée 2016, doté d'un million d'euros et de trois postes[3], sous l'égide du Collège de France, avec un soutien public et celui, privé, de la Fondation de France[1]. La première année, il permet l'accueil d'une centaine de chercheurs (deux tiers de Turcs, une moitié de femmes et deux tiers en sciences humaines, dans 56 établissements différents) avec un budget annuel de 3,5 millions d'euros[3]. Chaque personne accueillie reçoit un visa-talent et un financement annuel moyen de 35 000 . Une plateforme met en lien les chercheurs et les établissements, et permet à ceux-ci de candidater[4].

En , 700 chercheurs (d'origine syrienne, afghane, turque, ukrainienne, soudannaise, ou vénézuélienne) avaient été accueillis mais le programme est menacé par des diminutions de budget, passé de 7 millions d’euros en 2023 à moitié moins en 2024. Cette coupure fait suite à plusieurs non-reconductions de subventions: l'une de l'Europe, perdue en 2021, et l'autre qui était liée à la guerre en Ukraine[5]. Plusieurs lauréats sont déjà bloqués à Gaza[5]. Le programme cherche 3 millions d’euros en faisant appel à la mobilisation citoyenne, à des fonds privés, et à la Fondation de France[6].

Au même moment, Emmanuel Macron lance un plan d'accueil de chercheurs américains « à potentiel de visibilité internationale », qui exclut les chercheurs en sciences humaines et sociales, lesquels sont pourtant les premiers visés par l'administration Trump. Le programme Choose France for Science est doté de 100 millions d'euros, auxquels l'Europe ajoute 500 millions quand le plan devient Choose Europe for Science[7],[8].

Pendant la guerre à Gaza

Suites d'une frappe aérienne israélienne sur la ville de Gaza le 9 octobre 2023, témoignant d'une destruction généralisée dans la zone de Rimal. (Photographie élue image de l'année sur Commons en 2025.)

L'accueil des chercheurs et artistes Gazaouis pendant la guerre à Gaza est plus difficile à mettre en place que celui des ukrainiens après l'invasion de l'ukraine par la Russie. Les différentes structures d'accueil sont inégalement mobilisées, certaines craignant l'instrumentalisation politique, d'autres font face à des pressions (de leur banque, dans un cas rapporté par Libération) et les fonds publics sont débloqués beaucoup plus lentement[9].

En , 22 Gazaouis avaient un visa leur permettant d'être accueillis dans le cadre du programme Pause, mais seulement quatre étaient arrivés en France ; six n'avaient pas pu sortir de l’enclave, douze étaient bloqués au Caire[9].

En , vingt-cinq lauréats sont empêchés de sortir de Palestine depuis début août, après que la France a suspendu début août toutes les évacuations[10],[11] en réaction aux propos antisémites tenus par Nour Attaalah, une étudiante gazaouie accueillie à Sciences Po Lille[12] dans le cadre d'un programme différent de PAUSE[13], puis expulsée[10]. Cent sept dossiers sont acceptés par le programme en septembre, concernant principalement des Palestiniens[14].

Le réalisateur palestinien Mohammed Alshareef.

Début 2026, malgré l'indignation des chercheurs français[13],[15], les Gazaouis sont soudainement formellement exclus du programme, sa directrice annonçant que « cette décision [est] dictée par l’impossibilité actuelle de mettre en œuvre des mesures de mise en sécurité et d’évacuation ». Pourtant, l'Italie et l'Espagne parviennent toujours à évacuer des Gazaouis[16],[17]. Début 2026, quarante-sept Gazaouis avaient été accueillis en France, mais trente et un autres lauréats et leurs familles étaient encore interdits de sortir de Gaza. Quatre lauréats avait pu sortir de Gaza (l'un d'entre eux étant en Espagne[18]), mais n’arrivaient pas à obtenir de visa en France[16]. Fin janvier, selon Télérama, quatre-vingt-huit lauréats gazaouis étaient en attente de visa, la moitié étaient coincés à Gaza[18]. L’architecte Ahmed Shamia, lauréat de la bourse et bloqué à Gaza, est mort dans un bombardement durant l’attente du déblocage de son dossier[19]. 130 Gazaouis, lauréats du programme PAUSE, attendent que la France fasse le nécessaire, comme elle l’a fait pour les Ukrainiens ou les chercheurs américains menacés par Trump[20]. Mohammed Alshareef, le réalisateur palestinien du documentaire Super Sila et lauréat du programme PAUSE, ne peut recevoir sa récompense à Cannes en 2026, faute d'autorisation de quitter Gaza[21],[22],[23].

Saisi par plusieurs associations qui dénoncent l'absence d'instruction des dossiers palestiniens, le Conseil d'État rejette leur requête en référé (estimant que le programme lui-même ne contient pas de mesures liées à l'évacuation des lauréats, et que la reprise du programme n'aurait pas d'effet à court terme sur ces évacuations), en attendant un jugement sur le fond[24].

Références

  1. a b et c « Accueillir tous les chercheurs du monde », sur France Culture, (consulté le )
  2. « Guerre de tranchée autour du patrimoine syrien », Libération,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  3. a b et c Cécile de Kervasdoué, « Les réfugiés sont aussi des cerveaux », sur France Culture, (consulté le )
  4. Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, « Les outils d'encouragement à la mobilité des chercheurs », sur France Diplomatie - Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères (consulté le )
  5. a et b « “Pause”, le programme d’accueil des scientifiques et des artistes en exil, mis en péril par des coupes budgétaires », sur Télérama, (consulté le )
  6. « Le programme d’accueil des scientifiques et des artistes en exil menacé : “Nous devons mobiliser plus de 3 millions d’euros” », sur Télérama, (consulté le )
  7. « Choose France For Science, “un plan pour attirer des chercheurs américains stars, pas pour servir de refuge” », sur Télérama, (consulté le )
  8. « Emmanuel Macron annonce un nouvel investissement de 100 millions d’euros pour séduire les chercheurs étrangers », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  9. a et b « Accueil des artistes palestiniens : de Gaza à Marseille, toute une aventure », Libération,‎ (lire en ligne, consulté le )
  10. a et b « À Gaza, l’évacuation de chercheurs et artistes gelée : “Qui sait si nous serons toujours vivants demain ?” », sur Télérama, (consulté le )
  11. « La France n’accueillera plus de Gazaouis évacués avant la fin d’une enquête sur les publications antisémites d’une étudiante à Lille », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  12. « A Lille, une étudiante gazaouie visée par une enquête pour apologie du terrorisme et apologie de crime contre l’humanité », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  13. a et b « Exclusion des Gazaouis du programme Pause : la communauté scientifique et artistique s’indigne », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  14. « Des universitaires appellent à la reprise des évacuations de chercheurs et étudiants gazaouis », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  15. « Des artistes et des chercheurs dénoncent les restrictions d’accueil de Gazaouis en France », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  16. a et b « Pourquoi les Gazaouis sont exclus du dispositif du Collège de France d’aide aux intellectuels exilés », sur Télérama, (consulté le )
  17. « Les artistes gazaouis bientôt exclus du programme Pause du Collège de France ? », Libération,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  18. a et b « Des intellectuels gazaouis exclus du programme Pause : “La France est coupable de non-assistance à personne en danger” », sur Télérama, (consulté le )
  19. « Dans Gaza assiégée, la mort d’Ahmed Shameia, «architecte au pays où l’architecture n’est plus» », Libération,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  20. Marion Slitine, « Gaza. La France claque la porte au nez des artistes et chercheurs palestiniens », Orient XXI,‎ (lire en ligne)
  21. « Les défenseurs de la cause palestinienne dénoncent le décalage entre le discours et les actes du gouvernement français », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  22. « Festival de Cannes : La France tourne le dos à un cinéaste de Gaza », sur Le Canard enchaîné, (consulté le )
  23. « Cannes 2026 : permettre au cinéaste palestinien Mohammed Alshareef de rejoindre le Festival est une responsabilité collective », Libération,‎ (lire en ligne [archive du ], consulté le )
  24. « L'exclusion des Gazaouis du programme PAUSE devant le Conseil d'État », sur ActuaLitté.com (consulté le )

Liens externes


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